"Dom Juan" et la foi, l’injure, la vengeance

Autour du séducteur campé par Bernard Yerlès, genres et échos se mêlent. Critique Marie Baudet

"Dom Juan" et la foi, l’injure, la vengeance
Marie Baudet

Au lendemain de la dernière représentation de cette série au Parc, "Dom Juan" affichera 350 ans au compteur. C’est en effet le 15 février 1665 que se donna au Théâtre du Palais royal, à Paris, la première de la pièce écrite, dit-on, en quelques jours par un Molière profitant du départ des Italiens. Et dans la foulée du "Tartuffe"… Ainsi au faux dévôt succède ce héros bon vivant qui ne croit qu’aux lois du plaisir et de l’arithmétique.

"On a tout écrit sur Dom Juan et on l’a ‘cuisiné’ avec mille épices différentes", note Thierry Debroux, qui comme beaucoup, rêvait de le mettre en scène, et que les circonstances amenèrent à le faire ici, dans un projet lancé par Bernard Yerlès.

Jouisseur

Formé à l’Insas, ayant fait ses débuts sur scène au Varia il y a trente ans, figure connue aujourd’hui du paysage télévisuel, le comédien retrouve les planches pour incarner ce jouisseur invétéré, prompt à épouser l’une pour aussitôt succomber aux charmes de la suivante.

L’habituel mot d’introduction par la cheffe de salle, avant le lever de rideau, laisse place cette fois à un homme priant l’assemblée de "clore ces objets rectangulaires destinés à communiquer avec ses semblables" avant de se lancer dans un éloge du tabac - à ce point à rebours de notre époque que quelques huées fusent. Sganarelle, puisqu’il s’agit de lui, campé à merveille par Benoît Van Dorslaer, introduit de la sorte les décalages qui émaillent la pièce autant qu’ils la constituent.

Flanqué de son fidèle serviteur - qui tente en vain de le convertir à la foi en son Créateur de même qu’aux vertus de la fidélité -, Dom Juan fuit Elvire (Anouchka Vingtier), sa dernière épouse en date, tout en secourant des gentilshommes qui se révéleront être les frères de la belle, ayant juré de venger son honneur… Afin d’échapper à la mort, mais aussi de préserver son héritage, Dom Juan feint la dévotion aux côtés de son son père Dom Louis (Luc Van Grunderbeeck - qui interprète aussi le Pauvre à qui Dom Juan veut faire abjurer sa foi pour un louis d’or, et le Commandeur qu’il a occis et dont la statue se manifeste à lui). Ainsi Molière fait-il s’ouvrir l’enfer au-devant d’un nouveau Tartuffe, puni moins d’être un libertin que pour son hypocrisie.

Sans dévoiler l’option choisie par Thierry Debroux pour la scène finale, soulignons l’étonnante actualité - jamais surlignée - de cette chambre d’échos. Et la justesse de ceux qui l’habitent : Laetitia Reva, Maroine Amimi, Jean-Baptiste Delcourt, Gabriel Almaer, Aurélie Frennet et Laurie Degand en plus des acteurs déjà cités et de la jolie désinvolture du duo central.

L’écrin du Parc sied parfaitement à l’entreprise, dans la scénographie élégante de Vincent Bresmal, les lumières ciselées de Laurent Kaye, les costumes précis d’Anne Guilleray.

Bruxelles, Théâtre du Parc, jusqu’au 14 février, à 20h15 (les dimanches et le samedi 14 à 15h). Durée : 2h10, entracte compris. De 5 à 26 €. Infos & rés. : 02.505.30.30, www.theatreduparc.be

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