Une danse vraiment bien "décalée"

Ouverture du Festival de Liège avec un "Coupé-Décalé" de la contreculture africaine.

®Pierre Ricci_Photolos
®Pierre Ricci_Photolos ©®Pierre Ricci_Photolos
Critique : Guy Duplat

Ouverture du Festival de Liège avec un "Coupé-Décalé" de la contreculture africaine.

Le Festival de Liège s’est ouvert avec son lot d’aventures annoncées. Il a débuté mardi à Mons, en hommage à Mons 2015 par un spectacle qui semblait prolonger la fête de samedi soir. "Coupé-décalé" viendra les 30 et 31 janvier au Manège de Liège. C’est un spectacle drôle et foutraque, souvent entraînant, d’une folle énergie mais bordélique, un morceau brut de décoffrage d’une certaine contreculture de la jeunesse africaine.

On est loin de ce qu’Alain Platel en a fait avec les chanteurs kinois, dans son merveilleux "Coup fatal". Ici, tout est plus débridé et on se croirait plongé dans une boîte de nuit d’Abidjan ou de Kinshasa où hurle l’African Rock.

Le "coupé-décalé" est une danse apparue en 2002 dans la communauté ivoirienne de Paris et qui s’est développée surtout en Côte d’Ivoire sous une musique congolaise. Elle est un pied-de-nez autant aux racines africaines qu’aux "valeurs" occidentales, le signe d’une recherche d’identité.

Six danseurs-chanteurs sont dans ce spectacle mis en scène dans la première partie par la chorégraphe blanche sud-africaine Roby Orlin avec un solo pour le danseur camerounais –bête de scène- qu’est James Carlès. Celui-ci assure la chorégraphie de la seconde partie avec cinq danseurs.

L’argent-roi

Une danse vraiment bien "décalée"
©laurentferraglio 95


On y retrouve les codes du "coupé-décalé" à commencer par la "SAPE" (Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes), l’art de bien s’habiller avec lunettes psychédéliques, costumes trois pièces, chaussures en croco et plusieurs montres au poignet. Avant même d’entrer dans la salle, les spectateurs voient venir parmi eux, les danseurs sapés ainsi, interrogeant les gens sur ce que valent leurs vêtements.

Car une autre constante est la critique de l’argent-roi. Un des fondateurs du mouvement disait : "Les gens n’aiment pas les gens, les gens aiment l’argent des gens". Alors que dans les boîtes de nuit africaines, les clients mettaient des billets dans les culottes des danseuses, ici, c’est l’inverse. Les danseurs jettent l’argent (billets de 5 euros), le distribuent au public ou force celui-ci à le prendre dans leurs pantalons.

Le rapport étroit avec le public est essentiel dans le « coupé-décalé ». Sans cesse, les danseurs vont vers le public ou au sein de celui-ci, cherchant le contact physique.

Ajoutez-y une danse hétérogène, avec un peu de hip-hop, des musiques mélangées (y compris un chant du Moyen Age occidental !) et un usage singulier de la vidéo.

En deux heures, on a une idée de cette contreculture, de cette Afrique qui explose de vitalité. C’est jouissif, et parfois n’importe quoi, c’est entraînant, désordonné et saturé de bruits. La jeunesse d’Abidjan adore.


"Coupé-décalé" au Festival de Liège, au Manège à Liège, les 30 et 31 janvier