Les croisées thématiques de "Radioscopies"

Nouveau dialogue danse-cinéma pour Michèle Noiret, dont la création a fait l’ouverture, jeudi soir, du festival Via, à Mons. Critique.

Marie Baudet
Les croisées thématiques de "Radioscopies"

Depuis près de vingt ans, Michèle Noiret fait dialoguer son travail scénique avec les technologies interactives du son et/ou de l’image. L’intuition du cinéma vivant, de longue date partie intégrante de l’univers de la chorégraphe, s’est cristallisée dans "Hors-champ", long métrage chorégraphique créé en 2013 au National.

Michèle Noiret envisage de créer à sa suite une série de courts métrages scéniques lorsque Mons 2015 lui fait la proposition de travailler, pour une nouvelle pièce, sur l’univers du romancier, essayiste et poète belge Conrad Detrez (1937-1985). "Radioscopies" voit le jour, ainsi intitulé en référence à l’émission de France Inter où Jacques Chancel s’entretenait quotidiennement avec un invité. L’auteur de "L’Herbe à brûler" (1978, Prix Renaudot) s’y exprime sur ses origines, ses aspirations, ses voyages, ses révélations, ses engagements.

Or le festival Via - où se croisent et se mêlent scènes et nouvelles technologies - voulait questionner l’identité wallonne à l’ère de l’archivage numérique, à travers deux figures de la Belgique francophone qui s’y trouvent assez peu représentées : Conrad Detrez ici, Jean Louvet aussi, à qui se réfère "Amnesia" que crée Jean-Michel Van den Eeyden (à l’Ancre, Charleroi, du 16 au 18 mars).

Voix off et gimmicks

Detrez se fait entendre d’entrée, soulignant le secret, le mystère du monde. C’est là que le rejoint la chorégraphe, qui du geste et du regard aime toucher aux zones troubles de l’âme et du corps. Entre le plateau et l’écran s’installent relais et réponses. Des passages, en plus du doute cultivé du filmé en direct ou de l’enregistré. La recette a fait ses preuves dans les pièces précédentes ; on continue de se prendre au jeu.

Les lumières de Xavier Lauwers, la création sonore de Todor Todoroff et Pierre-Axel Izerable et la scénographie fluide de Sabine Theunissen servent d’écrin à la furtive rencontre d’une femme (Michèle Noiret) et d’un inconnu (Isael Mata), soulevant les questions de la réalité, du songe, du désir, de la domination. Autant de thématiques qui, si elles englobent celle de l’identité, peuvent apparaître comme des gimmicks, sinon des tics dramaturgiques. Au-delà de la danse - précise, impulsive, profuse en ondulations proches du maniérisme -, ce sont des instants qui nous captivent : des fulgurances où l’image se dédouble et se trouble pour tutoyer la transe et sonder en creux l’identité comme un paramètre mouvant.

Mons, Manège, encore le 14 mars à 20h. Durée : 56 min. Ce samedi, la représentation est précédée, à 18h30, par une rencontre autour du thème de l’identité. Infos & rés. : 065.39.59.39, www.lemanege.com - www.michele-noiret.be