Le théâtre plus fort que la haine

Milo Rau, au Kunsten, ausculte l’Europe et revient sur les guerres en ex-Yougoslavie. Critique.

Le théâtre plus fort que la haine
©Marc Stephan
Guy Duplat

Le Suisse Milo Rau (né en 1977 à Berne) nous avait enthousiasmé l’an dernier au Kunstenfestivaldesarts avec « The Civil Wars ». Comme à son habitude, il y empoignait les grands problèmes d’aujourd’hui. Son point de départ était ces jeunes Belges partis combattre en Syrie et que, parfois, leurs pères allaient rechercher au péril de leur vie. Qu’est-ce qui les a fait fuir la société belge et leurs familles ? Ne leur apportaient-elles plus aucune lumière ?

Il est revenu cette année au Kunsten avec « The Dark Ages », le second volet de ce qui sera une trilogie. Plus statique et déclamative que le premier volet, ce spectacle reste néanmoins profondément humain et politique. Cinq acteurs sont en scène et viennent tour à tour raconter leur vie dans les conflits de l’ex-Yougoslavie : une jeune femme serbe, un Musulman blond dont la famille fut exterminée, une femme de Sarajevo, un Allemand qui vécut les bombardement de Brême en 1945, une jeune Russe. Dans leurs souvenirs bien réels, apparaissent la complexité et l’horreur que connurent ces pays. 1945 ne signifia pas pour eux, la fin de la guerre car elle continua sous d’autres formes jusqu’au massacre de Srebrenica il y a juste vingt ans. Leurs histoires croisées et subjectives, faites de petits riens et d’immenses tragédies, répondent bien mieux qu’une "attaque" frontale du sujet. Et on s’émeut de les voir ainsi rassemblés sur un plateau, plein d’attention les uns pour les autres. Leurs familles, leurs clans, leurs patries se sont entretués, mais eux sont réunis par la force du théâtre. A moins que la mort de leur père (un leitmotiv dans leurs histoires) ne les ait délivré du cycle des vengeances et de la haine.

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