Le théâtre jeune public orphelin de Roger Deldime

Roger Deldime, directeur de La montagne magique, nous a quittés.

Le théâtre jeune public orphelin de Roger Deldime
©Alexis Haulot
Laurence Bertels

Avec sa carrure imposante, sa voix de ténor et sa passion contagieuse, Roger Deldime était la personne de référence en théâtre jeune public. Et si le théâtre pour enfants et adolescents a connu un tel retentissement ces dernières années, ce sociologue du théâtre, ancien directeur d’un centre de recherches et de formation à l’Université libre de Bruxelles, y est assurément pour beaucoup. Tout le secteur pleure donc aujourd’hui un homme de caractère que l’on croyait insubmersible.

Mai 68

Sa carrière durant, il aura arpenté les festivals du monde entier pour découvrir les perles d’un art dont la particularité est de s’adresser aux jeunes générations mais d’être joué par des comédiens professionnels.

Né au lendemain de Mai 68, le théâtre jeune public était engagé et Roger Deldime a toujours défendu cette qualité. D’une grande exigence, on le voyait parfois sortir furieux d’une salle des Rencontres de Huy, tempêtant contre l’indigence de l’un ou l’autre spectacle. Un tempérament qui lui valut certes quelques inimitiés mais une rigueur et un esprit qui ont toujours forcé le respect. Une générosité et une humanité aussi que nul ne pourra contester.

Grand lecteur de quotidiens, qu’il dévorait dès potron-minet, cet intellectuel défendait à la fois les arts de la parole, entre autres via le festival "Paroles au solstice", et les traces écrites qu’il laissera dans des publications telles que "Le développement psychologique de l’enfant", publié aux éditions De Boeck, ou "Questions de Théâtre" édité par Emile Lansman.

Roger Deldime s’est éteint, des suites d’une pneumonie, à l’âge de 76 ans, au lendemain, ou presque de la grande fête organisée pour les vingt ans de La montagne magique, "son" théâtre, celui des jeunes de la ville de Bruxelles, qu’il avait fondé, avec Jeanne Pigeon, en cette merveilleuse maison patricienne du XIXe, sise rue du Marais. On le voit encore enjamber les gravats, pendant les travaux, imaginant là une salle avec des gradins, ici de vraies loges, là encore son bureau… Il n’était pas peu fier.

Mission accomplie

La montagne magique, avec ses trois salles de spectacle, ses nombreux ateliers, son bistrot couleur brique ou ses liens avec la littérature jeunesse, est une des plus belles maisons de théâtre pour enfants en Europe. Sinon la plus belle. Et nombreux sont ceux qui nous l’envient. Jouissant d’une solide réputation bien au-delà de nos frontières, elle a longtemps été tenue à bout de bras par Roger Deldime et Jeanne Pigeon qui se sont toujours donné sans compter.

Ils s’étaient entourés, depuis quelques années, d’une solide équipe et venaient d’assurer leur succession avec la nomination de Cali Kroonen à la tête de cette véritable institution. Le dernier acte était joué. Le rideau pouvait tomber. Sans doute Roger Deldime est-il parti l’âme en paix, avec le sentiment d’une mission accomplie. Et quelle mission ! Celle d’avoir éduqué des milliers d’enfants au théâtre.

A sa famille, à l’équipe de La montagne magique et surtout à sa très chère Jeanne, pour laquelle il n’a jamais cessé d’avoir les yeux de Rodrigue, "La Libre Belgique" présente ses plus sincères condoléances.

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