Critique-artistes : l’histoire houleuse d’un vieux couple

Les Prix de la critique, mode d’emploi : indépendance, subjectivité, en toute honnêteté.

Critique-artistes : l’histoire houleuse d’un vieux couple
Le jury des Prix de la Critique

Sans équivalent dans la partie francophone du pays, les Prix de la Critique tissent leurs lauriers depuis… 1952, donc bien avant les Molière français… dont ils ne partagent pas la généalogie. Les lauréats des Molière sont désignés par "la profession", avec des enjeux économiques et financiers importants. Et les pressions qui vont avec. Le jury des Prix de la critique belge, bénévole, ne rassemble que des journalistes de la presse écrite, de la radio et de la Toile. Leurs seules motivations : les coups de cœur, argumentés, en toute indépendance.

Débats passionnés

En juin, ce jury départage des centaines d’artistes de théâtre et de danse, pour ne retenir que quarante nominations, dévoilées aujourd’hui. Le 19 octobre c’est à Mons, capitale européenne de la culture, que seront proclamés les lauréats pour la saison 2014-2015.

Si les débats ont toujours été passionnés, voire saignants, des interrogations percent depuis quelque temps. Alors que l’offre théâtrale et dansée continue de s’étoffer en dépit de la crise, l’espace critique dans les médias se réduit, quand ce n’est pas toute la culture qui est en danger à la télévision de service public. La critique doit-elle disparaître ? A quoi sert-elle ? Pourrait-elle être, humblement, le chaînon qui permet au public de connaître les artistes et de les suivre dans leurs aventures scéniques ?

Ni compromission ni pression

Artistes et critiques forment un vieux couple avec tout ce que ça recouvre de bonheur, d’incompréhension, d’émotion, d’agacement, de tendresse. Nous comprenons l’amertume des comédiens, metteurs en scène, qui estiment injuste un papier moins positif, ou dont les nuances ont été rabotées par le peu de place qui lui a été concédé. L’objectif n’est jamais de blesser ou de bâcler en trois mots un travail de longue haleine.

La notation des spectacles par nombre d’étoiles est parfois mal perçue. Rappelons que deux étoiles signifient que l’on aime "beaucoup" un spectacle et trois "passionnément".

La critique perd tout sens si elle n’est pas férocement indépendante. Ni compromission ni pression. Les journalistes n’ont qu’un seul point de mire, une règle absolue, au-delà de leurs sensibilités esthétiques, de leurs points de vue différents : l’honnêteté et le respect du spectateur, de l’artiste. Ils assument cette subjectivité… en dépit d’affrontements récurrents, de menaces, d’intimidations, d’insultes. Des figures puissantes d’institutions théâtrales, de grands artistes parfois, déclarent des journalistes persona non grata, brandissent des contrats publicitaires pour infléchir les avis, en appellent à la hiérarchie des quotidiens pour museler les rédacteurs. Les critiques acceptent… la critique, sur l’égal mode de l’honnêteté et du respect. Mais à l’unanimité ils refusent et dénoncent les pressions ainsi exercées, des oukases d’un autre temps.Le jury des Prix de la Critique

Lire ci-contre la liste des nominés, avec davantage de détail et les raisons de nos choix sur www.lesprixdelacritique.be

La cérémonie de remise des Prix de la Critique théâtre et danse pour la saison 2014-2015 aura lieu le 19 octobre, au théâtre Le Manège de Mons.


Les “meilleurs” de la saison 2014-2015

Spectacle. “Intérieur Voix”, de et par Delphine Salkin ; “Liebman Renégat”, de et par Riton Liebman, mise en scène de David Murgia ; “Vania !” d’Anton Tchekhov, mise en scène de Christophe Sermet.

Mise en scène. “La Ville” (Michael Delaunoy) ; “Les Mains sales” (Philippe Sireuil) ; “Passions humaines” (Guy Cassiers).

Comédienne. Ariane Rousseau (“Notre peur de n’être”) ; Sophie Sénécaut (“Ondine (démontée)”) ; Stéphanie Van Vyve (“L’Œuvre
au Noir”, “Belles de Nuit”).

Comédien. Yoann Blanc (“Perplexe”, “Ondine (démontée)”) ; Yannick Renier (“Vania !”) ; Thierry Hellin
(“Les Mains sales”, “Passions humaines”).

Espoir féminin. Berdine Nusselder (“Les Mains sales”) ; Taïla Onraedt (“Cabaret”) ; Eline Schumacher (“Katzelmacher,
le Bouc”, “Manger des épinards c’est bien, conduire une voiture c’est mieux”).

Espoir masculin. Mathieu Besnard (“La Cerisaie”, “L’Enfant-Colère”) ; Clément Goethals (“Petites histoires de la folie ordinaire”, “Le Garçon de la piscine”) ; Brice Mariaule (“L’Inquiétude d’être au monde”, “Démons me turlupinant”).

Scénographie. “De la beauté” (Alice Jeannin) ; “Démons me turlupinant” (Stéphane Arcas) ; “Passions humaines” (Tim Van Steenbergen).

Création artistique et technique. “Cabaret” (lumières, costumes, maquillages…) ; “Intérieur Voix” (installation sonore de Raymond Delepierre); ReVoLt” (musique de Maxime Bodson).

Auteur. Thomas Depryck  (“Le Réserviste”) ; Riton Liebman (“Liebman Renégat”) ; Soufian El Boubsi et Joachim Olender  (“Ils tentèrent de fuir”).

Découverte. “Ha Tahfénéwai !” (Sophie Warnant) ; “L’Enfant-Colère” (Sophie Maillard) ; “Manger des épinards c’est bien, conduire une voiture c’est mieux” (Eline Schumacher).

Seul en scène. “Le Dernier Ami” (Thierry Lefèvre) ;  “M’appelle Mohamed Ali”  (Etienne Minoungou) ; “Vieil”  (Jean Le Peltier).

Danse. “Il Dolce Domani”  (Lisa Da Boit et Céline Curvers, Cie Giolisu) ; “Oshiire” (Uiko Watanabe) ; “ReVoLt” (Thierry Smits, Cie Thor).

Jeune Public. “Au Loin” (Plastique Palace Théâtre) ; “La petite fille aux allumettes” (Pan !) ; “Les Misérables” (Karyatides).

Prix Bernadette Abraté.Jean-Marie Piemme.

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