Avec "Richard III", Ostermeier offre à Avignon un Shakespeare inoubliable

Le festival en avait bien besoin. A part l’excellent spectacle d’entrée de Krystian Lupa sur un livre de Thomas Bernhard, le début d’Avignon a été bien poussif. Et soudain éclate le chef d’œuvre, le spectacle qui vous réconcilie avec le théâtre, qui vous rend un Shakespeare passionnant et éternel.

Avec "Richard III", Ostermeier offre à Avignon un Shakespeare inoubliable
©Arno Declair
Guy Duplat, Envoyé spécial à Avignon

Le festival en avait bien besoin. A part l’excellent spectacle d’entrée de Krystian Lupa sur un livre de Thomas Bernhard, le début d’Avignon a été bien poussif. Et soudain éclate le chef d’œuvre, le spectacle qui vous réconcilie avec le théâtre, qui vous rend un Shakespeare passionnant et éternel, qui démontre ce que la catharsis peut être. Ce moment où une osmose se crée entre l’acteur et le spectateur.

On le doit à Thomas Ostermeier, directeur de la Schaubuehne de Berlin, grand habitué du festival d’Avignon. Mais ici, il se surpasse.

Il s’est emparé de la pièce sans doute la plus noire de Shakespeare, composée en 1592, l’histoire de ce roi maudit, Richard III, incarnation du mal absolu, alliant la laideur du corps et la noirceur de l’âme.

Richard III fit tuer tous ses proches : le roi, sa famille, ses neveux, manipulant tout le monde dans des machinations sans fin pour arriver au pouvoir. Mais ce fut pour périr rapidement. Richard III est un de ces grands personnages noirs qui obscurcissent l’Histoire comme un Gilles de Rais en France.

Un Dutroux

Avec "Richard III", Ostermeier offre à Avignon un Shakespeare inoubliable
©Arno Declair


Ostermeier a repris le texte de Shakespeare en l’élaguant et avec lui, la pièce devient limpide, jamais on ne se perd dans les méandres de l’histoire anglaise car l’essentiel n’est pas là.

Richard III n’est pas qu’un fou, un monstre, un psychopathe. Il est intelligent, séducteur et ambigu. A la fois tueur et tourmenté, pervers et attentionné. Le mal absolu n’existe pas. Ni chez Richard III ni chez Marc Dutroux. Richard III fut même capable de séduire les veuves et mères de ceux qu’il assassina !

Dans ces moments où on juge trop vite, où on aimerait pouvoir se rassurer en se disant qu’il y a des monstres absolus qui n’ont rien à voir avec nous, Ostermeier (avec Shakespeare) vient instiller le doute. Richard III nous confronte à l’abîme qui peut se révéler à l’intérieur de chaque être humain.

Grandiose acteur

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©Arno Declair


Mais ce Richard III est d’abord une performance d’acteur. C’est peu dire que l’Allemand Lars Eidinger, 39 ans, est fabuleux. Il est au-delà de tout. Dès qu’on le voit sur scène, bossu, difforme, portant une sorte de casque de cuir d’infirme, sa présence nous scotche. Il garde sans cesse un sourire malicieux, un air de manipulateur malin. Il tourne en rond comme un singe dans la cage de l’Histoire, se saisissant parfois d’un micro baladeur pour évoquer ses états d’âme.

Il est veule, implorant, grandiose. Et quand il meurt, il a le pied pris dans le câble et son corps à l’envers est suspendu comme une carcasse de viande dans un abattoir.

Thomas Ostermeier sait que Lars Eidinger est « sa » vedette, celui que tous les Berlinois viennent voir : « Les jeunes viennent voir Lars Eindiger parce qu’ils aiment sa franchise. Ils fêtent sa mégalomanie, qui représente quelque chose de courageux pour une génération dépourvue de courage et ils retrouvent en lui un esprit berlinois d’aujourd’hui, à la fois cosmopolite, métrosexuel, désireux d’échapper à la normalité», disait-il au « Monde ».

Mon royaume pour un cheval

Avec "Richard III", Ostermeier offre à Avignon un Shakespeare inoubliable
©Arno Declair


Mais un acteur ne peut rien sans une mise en scène réussie. Ostermeier rapproche la scène des spectateurs, place ses acteurs sous le nez des spectateurs. D’ailleurs, les acteurs ne cessent de passer par la salle. Grâce à un décor ingénieux, il peut créer des atmosphères de fêtes comme des ambiances crépusculaires et oppressantes, des scènes intimes autant que de groupe.

Il utilise parfaitement la vidéo pour « peindre » le mur du fond de nuages menaçant et d’envols de corbeaux. Le micro baladeur et devenir une caméra qui projette en grand les affres de Richard III criant à sa mort : « Mon royaume pour un cheval ».

Le public a longuement ovationné ce Richard III et tous ses acteurs.

Il était cruel de l’avoir montré juste après le Roi Lear d’Olivier Py en Cour d’honneur. Celui-ci s’avère d’autant plus un « désastre » comme l’écrivait cruellement « Le Monde ».


--> Richard III se joue jusqu’au 18 juillet. Le festival d’Avignon se termine le 25 juillet



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