"Be With Me Now" voyagera dans toute l'Europe

Un spectacle-collage proposé au Festival d’Aix par le réseau européen d’académies d’opéra. Critique de Martine D. Mergeay, envoyée spéciale à Aix-en-Provence.

"Be With Me Now" voyagera dans toute l'Europe
©AFP
Critique de Martine D. Mergeay, envoyée spéciale à Aix-en-Provence.

Comme son acronyme ne l’indique pas, l’European Network of Opera Academies (réseau européen d’académies d’opéra) œuvre au sein d’une série d’institutions pédagogiques européennes de haut niveau, en liaison avec des maisons d’opéra, des festivals, des fondations, des producteurs, etc., pour soutenir les jeunes artistes lyriques dans leur insertion professionnelle et le développement de leur art.

Pour son 5e anniversaire, l’Enoa s’est offert (si l’on peut dire) une création sur mesure, imaginative et multidisciplinaire, où il est question de l’éternelle quête de l’amour, traitée ici à travers une sélection d’airs d’opéra. Tout, dans ce spectacle musical, a été conçu, réalisé et interprété par des jeunes artistes et musiciens issus ou toujours en formation dans les académies en question (parmi lesquelles la Chapelle musicale Reine Elisabeth et l’Académie du Festival d’Aix), des artistes jeunes mais déjà dotés d’expérience et dont aucun n’aurait déparé une production à l’Archevêché (par exemple).

En vidéo, Tamino par monts et par vaux

Les auteurs du concept – Julien Fisera, qui signe aussi la mise en scène, et Isabelle Kranabetter (deux anciens de l’Académie du festival) – ont imaginé de doubler l’action se déroulant sur le plateau par un film projeté en bandeau, au-dessus de la scène. On y retrouve Tamino – qui vient d’échapper à la dispute des trois dames de la nuit – quittant le théâtre par un couloir dérobé et sillonnant bientôt l’Europe entière en quête de sa Pamina – tandis que, sur scène, se succèdent les airs associés à cette quête. Poésie urbaine du côté de la vidéo, travail du mouvement du côté de la scène, la réserve portera sur un certain manque de rythme (trop de moments vides et de silences plus ou moins inspirés) et une déportation parfois naïve vers l’“œuvre d’auteur”, au détriment du théâtre et du chant.

Quant aux chanteurs, ils se distinguent tous les cinq par des voix amples, riches et puissantes – notant que le ténor britannique Gwilym Bowen évolue dans le registre mozartien, plus délicat –, avec l’Islandaise Rannveig Káradóttir (soprano), la Hollandaise Maartje Rammeloo (soprano, don de scène étourdissant), la Polonaise Kinga Borowska (mezzo, soliste de la Chapelle), et le Polonais Tomasz Kumiega (baryton). Et, du côté des musiciens : Fanglei Liu, violon, Sébastien Van Kuijk, violoncelle et Ana Filipa Lima, flûte, le tout sous la direction du pianiste MaNOj Kamps, qui signe aussi les remarquables transcriptions.

Enfin, parmi les airs du “pasticcio”, on notera deux œuvres en création signées respectivement Daan Janssens et Vasco Mendonça (superbe quintette final).


--> Festival d’Aix, Auditorium du Conservatoire Darius Milhaud, les 9 et 10 juillet à 18h. Infos : www.festival-aix.com ou www.enoa-community.com