"In het frans", à Ostende

Jouer en français au beau Festival Theater aan zee (TAZ) : un geste et un succès. Critique.

"In het frans", à Ostende
©Herman Sorgeloos
Guy Duplat

Certains gestes artistiques peuvent être aussi des gestes politiques. On dit même parfois que tout art est politique alors que la politique n’est pas forcément un art.

On y réfléchissait en assistant vendredi soir au spectacle plein d’intelligence et d’humour de Transquinquennal et Tristero intitulé « L’un d’entre nous » dans le cadre du TAZ festival à Ostende (Theater aan zee).

Les deux collectifs bruxellois, l’un néerlandophone, l’autre francophone ont l’habitude de présenter ensemble des spectacles réellement bilingues qui peuvent se donner dans une ou l’autre langue.

Créé en 2011 au Varia, celui-ci a beaucoup tourné. Le collectif anversois « Zuidpool » (Jorgen Cassier, Sofie Decleir et Koen van Kaam) l’avait déjà programmé à Anvers dans sa salle, pour y être joué en français. C’était un geste politique au moment où la N-VA de Bart De Wever accédait au pouvoir dans la métropole portuaire.

« Zuidpool » montrait ainsi que le monde culturel était opposé aux replis communautaires, la culture signifiant une ouverture aux autres, sans frontières. Guy Cassiers fit le même geste au Toneelhuis d’Anvers, en invitant le Théâtre National à y jouer en français.

Ce n’est que logique. Les spectacles joués en néerlandais sont semblablement accueillis en Wallonie ou à Avignon. Le Manège à Mons vient de créer chez lui, les derniers spectacles de Guy Cassiers et de Wim Vandekeybus.

Roucouler

« Zuidpool » est cette année « artiste » associé au TAZ, responsable de la programmation Le collectif a tenu à ce qu’une bonne parte des spectacles et concerts soient accessibles aux francophones, voire en français. Et ils ont réinvité Tranquinquennal/Tristero.

Vendredi soir, la salle était bondée et les spectateurs –essentiellement néerlandophones- ravis.

Ils sont sept excellents acteurs couchés, déshabillés, dans un très grand lit blanc qu’ils ne quitteront pas. Assis, ils devisent en échangeant des aphorismes. D’abord sur la politique, avec intelligence, humour et un peu d’ironie (exemple : « En politique, il faut suivre le droit chemin : on est sûr de n’y rencontrer personne »). Puis, ils dissertent sur l’amour, démontrant au passage que les idées sur la politique peuvent s’appliquer tout autant à l’amour et réciproquement. Exemple : « En politique (en amour), il faut dire la vérité mais pas nécessairement toute la vérité ».

Tout est surtitré, mais quand le surtitrage connaît quelques ennuis, le public –parfait bilingue, ne réagit pas , riant aux jeux de mots en français comme « En amour, il faut roucouler pour mieux sauter ».

Ils terminent leur spectacle par une belle séquence « L’un d’entre nous » où chacun évoque un souvenir, une crainte, un plaisir, une angoisse, révélée par quelqu’un du groupe. Vendredi, ils en profitèrent pour fêter en public, les 50 ans de Stéphane Olivier de Transquinquennal.

Le public était ravi. Espérons que de telles initiatives puissent se multiplier à l’heure où les paysages théâtraux au Nord et au Sud du pays sont en pleine redéfinition.

Le TAZ se poursuit dans une dizaine de lieux d’Ostende jusqu’au 8 août, avec de nombreuses propositions accessibles aux francophones unilingues (musique, danse, théâtre musical, et la reprise du très beau « Nés poumon noir » du Théâtre de l’Ancre de Charleroi).


Infos : www.theateraanzee.be