Le nouvel âge d'or du flamenco espagnol

"Le flamenco vit un très grand moment. Il y a une jeune génération impressionnante, techniquement très au point en chant, en guitare, en danse", estime David Calzado, blogueur amoureux de cet art.

Le nouvel âge d'or du flamenco espagnol
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Claquant des talons sur de brefs accords de guitare, Merche Esmeralda, 68 ans, fait tournoyer son châle noir au soleil tandis que derrière elle, la circulation madrilène se déverse autour d'un rond-point.

Une danse en plein air, pour promouvoir le Festival de flamenco de Madrid, dont elle était la tête d'affiche en juin.

A l'âge où la plupart des grands danseurs contemporains rangent leurs chaussons, cette étoile du flamenco brille toujours, au côté d'une talentueuse nouvelle garde.

"Le flamenco vit un très grand moment. Il y a une jeune génération impressionnante, techniquement très au point en chant, en guitare, en danse", estime David Calzado, blogueur amoureux de cet art.

Deux autres grands festivals se déroulent cet été, dont la programmation comprend du "cante jondo", le chant profond, mais aussi les accords plus modernes de la relève.

Du 6 au 22 août, La Union (province de Murcia, sud-est) accueille le Festival international de Cante de las Minas -- le plus important du calendrier flamenco, selon Rafael Manjavacas, directeur du site deflamenco.com. Et Flamenco on Fire, rassemblera les grands noms hors de leur sud natal, à Pampelune, en Navarre (nord), du 22 au 30 août.

Créé il y a plusieurs siècles par les gitans du sud de l'Andalousie, le flamenco est encore ébranlé par la disparition, en février 2014, du guitariste Paco de Lucia, son monstre sacré.

"Tout le monde était triste", a confié David Calzado, estimant toutefois qu'"il fallait passer à autre chose".

Paco "incarnait le flamenco". "Maintenant, il n'y a pas de figure de proue" se désole Rafael Manjavacas.

Mais il y a aujourd'hui "beaucoup d'excellents guitaristes, dans le sillage de Paco De Lucia", qui font considérablement évoluer le genre. D'ailleurs, au départ, la légende avait elle-même choqué les puristes, en flirtant avec le jazz et le rock. Il y a aussi une très bonne génération de danseurs fusionnant leur art avec d'autres styles contemporains qu'ils découvrent lors de voyages, assure-t-il.

Quatre ans après la mort d'un autre géant du genre, le chanteur Enrique Morente, la disparition de Paco De Lucia a jeté une ombre sur le monde du flamenco, déjà secoué par la crise économique.

Parmi les jeunes artistes, "beaucoup, en particulier les danseurs, vivent de ce qu'ils gagnent en dehors d'Espagne", explique M. Calzado.

Parmi les numéros présentés à Flamenco on Fire, festival entrant tout juste dans sa seconde édition, il y a celui de Farruquito, +bailaor+ de 33 ans aux longs cheveux noirs. L'artiste a été encensé par la critique pour ses frappés du pied, rapides et envoûtants, qu'il exécute vêtu de noir.

A Las Minas, Sara Baras, 44 ans, et le chanteur David Lagos, 42 ans, dont la notoriété dépasse largement les frontières espagnoles, jusqu'aux Etats-Unis et au Japon, sont aussi très attendus.

Dans la chaleur estivale de Madrid ou de l'Andalousie, les 'tablaos' -- bars de flamencos intimes, à la lumière tamisée -- revivent, vibrant aux rythmes des "palmas" - les claquements de mains.

Estrella Morente -- chanteuse de 34 ans et fille d'Enrique -- participera aux deux festivals, et partagera la scène avec Israel Galvan, danseur de 42 ans.

Ils sont relativement jeunes car le flamenco "n'a pas d'âge", estime M. Manjavacas en soulignant que certains "continuent à triompher sur scène, même à 70 ans".

Des artistes comme Merche Esmeralda dont le "duende" du flamenco, ou esprit, rayonne encore. "Dans la vie, il faut connaître ses limites, et je suis âgée maintenant", a déclaré la 'bailaora' au quotidien El Pais en juin.

Mais "toutes ces années m'ont apporté de la sagesse", a-t-elle poursuivi, évoquant des performances faisant davantage appel à l'interprétation qu'au physique. "Ainsi, j'arrive sur scène débordante d'énergie".

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