Le festival de Spa en eaux tumultueuses

La 56e édition du rendez-vous théâtral spadois débute ce vendredi.

La vénus à la fourrure, Théâtre Tristan Bernard (Paris), 11 octobre 2014, © Fabienne Rappeneau
La vénus à la fourrure, Théâtre Tristan Bernard (Paris), 11 octobre 2014, © Fabienne Rappeneau ©Fabienne Rappeneau
Charles Van Dievort

C’est aujourd’hui le coup d’envoi de l’édition 2015 du festival de théâtre de Spa. Au programme, 19 spectacles dont trois issus de la scène internationale, dix "made in Belgium" et quatre créations. Mais aussi des lectures, des rencontres, des ateliers, des soirées musicales, des stages, etc. Chaque année, la manifestation attire plus de 10 000 personnes, mais la fréquentation est régulièrement en baisse. Et ce cru 2015 a, avant même de commencer, un goût quelque peu amer. Epinglé dans un rapport négatif du Conseil de l’Art dramatique (CAD), il figure parmi les onze institutions à voir leur dotation amputée de 5 % pour 2016. De quoi faire craindre le pire pour la suite, c’est-à-dire la négociation des contrats-programmes pour 2017-2020 (lire page 42).

Vitrine de la production théâtrale

Une épée de Damoclès pèse donc sur le festival, un des plus vieux événements du genre en Belgique. Il a vu le jour en 1959 à l’initiative du Théâtre National de Belgique que dirigeait à l’époque Jacques Huisman. L’objectif était de décentraliser l’institution en présentant les spectacles du National et de proposer en avant-première une création de la saison à venir. A la veille de ses 30 ans, en 1988, l’événement s’est métamorphosé en vitrine de la production théâtrale de la Communauté française, proposant quelque 200 pièces montrées pour la première fois. Aujourd’hui, il se présente comme le lieu unique de rencontre pour toutes les compagnies théâtrales de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il ne faut cependant pas oublier que d’autres manifestations sont apparues depuis et occupent aussi le terrain de manière qualitative. C’est notamment le cas du festival au Carré à Mons, du festival de Liège organisé tous les deux ans et du festival Emulation également programmé dans la Cité Ardente, ou encore du NeXT à Tournai pour ne citer qu’eux.

Dix spectacles déjà complets

En attendant d’en savoir plus sur l’avenir du rendez-vous spadois au-delà de 2016, force est de constater que la programmation de cette 56e édition remporte un certain succès. Pas moins de dix spectacles affichent déjà complets parmi lesquels "Jour d’été", "Coming out", "Doffice", "Six pieds sur terre" et "La Vénus à la fourrure", la pièce à succès française qui a valu un Molière à Marie Gillain.

Comme à son habitude, le festival offre une vitrine aux créations. Il y en a quatre au menu cette année. "Jour d’été", du Polonais Slawomir Mrozek, questionne sur l’obligation de réussite dans la société. "L’homme semence", adapté du roman de Violette Ailhaud, où un homme seul (les autres étant partis guerroyer) est l’objet de la convoitise des femmes d’un village provençal. "Brooklyn Boy", de Donald Margulies, offre à voir le duo Armand Delcampe-Richard Ruben dans une pièce annoncée comme étant pleine de tendresse, d’humour et d’émotions, proche de l’univers de Woody Allen. Enfin, "Destin", de Fabrice Gardin, raconte la rencontre de deux femmes que tout distingue.