L'hommage délicat au théâtre du Papyrus

“Mais je suis un ours!” d'après le livre de Frank Tashlin pose aussi la question de la place de chacun.

L.B.
L'hommage délicat au théâtre du Papyrus
©Fred Postiau

Cet ours-là, il fallait le trouver. Plus que le physique, Michel Verheyden a l'attitude de l'emploi. Nul, sans doute, ne pouvait mieux que lui incarner le héros du livre “Mais je suis un ours!” librement inspiré du livre de Frank Tashlin par le Théâtre du Papyrus. 

Et ce n'est sans doute pas un hasard si le comédien revenu au-devant de la scène après plusieurs années d'absence a proposé ce livre-là à Bernard Chemin. Après avoir dormi tout l'hiver, l'ours découvre au réveil non plus une usine, comme dans le livre de Tashlin, mais un théâtre ambulant. 

On le prend cette fois pour un comédien récalcitrant et on le met au travail, lui qui n'y connaît rien. Se tissent alors des liens entre l'animal balourd et la délicatesse des marionnettes, poupées de pâte à bois, ballerine délicieuse, princesse endormie, Cyrano au long nez ou Don Quichotte dégingandé. 

Même Macbeth et la forêt qui marche seule seront de la partie, celle qui pose la question de la place de chacun et rend hommage au théâtre, un thème rabâché certes, mais qui fait toujours rêver surtout lorsqu'il est traité avec un tel raffinement et une belle complicité entre marionnettes et comédiens. 

Céline Taubennest convainc également dans les différents rôles féminins. Toujours aussi minutieux, Bernard Chemin déploie l'imaginaire des enfants grâce, par exemple, à la valise- selle du cheval de Don Quichotte ou la couverture forêt de l'ours, un zeste d'humour précieux dans une création qui souffre encore de quelques longueurs mais qui propose un bel univers poétique et se lit à plusieurs degrés. 

Si l'allusion à Shakespeare passe au-dessus de la tête des enfants, la référence à Blanche-Neige les touchera directement. Et tous repartiront avec l'envie de se blottir dans les bras de cet ours plus vrai que nature. 

Un spectacle et une scénographie de Christine Flaschoen dont on reconnaît l'empreinte qui se jouera, entre autres, à La montagne magique puisque le théâtre de la Ville de Bruxelles célébrera durant toute l'année les 25 ans du Théâtre du Papyrus, l'une des grandes compagnies jeune public à qui l'on doit, entre autres, l'inoubliable “Hulul”, “Souris Valentine” ou “Le petit peuple de la Brume”, autant d'incontournables à (re)découvrir tout au long de la saison.