Poil, joie, puberté et histoires grrrochonnes

Pour petiots ou ados, le rire s’invite aux Rencontres théâtre jeune public à Huy.

Poil, joie, puberté et histoires grrrochonnes
Laurence Bertels

Les deux premiers bancs leur sont réservés. Avec leurs baskets proprettes, leurs cheveux peignés, leur petit gilet pour parer au temps frisquet et leurs yeux aussi endormis qu’ébahis, ils s’apprêtent à vivre leur première aventure théâtrale. Et font, en quelque sorte, partie des privilégiés car, paradoxalement, les Rencontres de Huy, qui sont aussi un grand marché du théâtre jeune public, accueillent trop peu d’enfants en leurs rangs, privilégiant les professionnels.

Sagement assis, les petits de 2 ans et demi sont presque dans la maison de Mlle Lily, avec son papier peint fleuri, ses abats-jour assortis, sa moquette moelleuse. Méticuleuse, elle avance sur des dalles de tapis. "Pourquoi elle reste coincée ?" demande notre voisine. Mary Poppins revisitée, d’une présence très généreuse, Véronique Morel-Odjomah alias Mlle Lily multiplie les tours de magie. Un claquement de doigts et la lampe s’allume, la platine s’emballe, Sidney Bechet chantonne. "Là, derrière, un sac plus petit !" crie alors un enfant à l’apparition dudit sac avant que son voisin demande : "On a déjà dépassé la moitié ?" Langueur balayée par l’apparition de gâteaux rochers offerts en fin de représentation. "J’en ai piqué un deuxième", avoue l’un d’eux. Tous auront passé un moment très "Sweet & Swing" auprès de ce personnage décalé, création de la Guimbarde pour les tout-petits, car le théâtre pour enfants commence à la crèche !

Frémir entre deux éclats de rire

On aurait aimé entendre fuser les rires de leurs grands frères et sœurs aux blagues limite scato mais drolatiques des "Petites histoires grrrochonnes" du Théâtre des 4 mains mais ici, les enfants étaient absents. Piotr, alias Benoît de Leu de Cecil, accueille donc le "vieux" public en roulant les "r" dans la maison en briques de Claude et Maggie, des Grrrrochon comme grrr, gros, groin, grognon. Tous deux racontent des histoires aux enfants en attendant la fin de la tempête. Guignolesque en diable, la nouvelle création du Théâtre des 4 mains, mise en scène par Marie-Odile Dupuis, joue à fond la carte farcesque et teinte son récit de notes poétiques. Truffées de surprises et d’animations façon pop-up, ces "Petites histoires grrrochonnes" rythmées par les musiques ludiques de Max Vandervorst n’oublient pas d’inviter quelques personnages clés tels la souris verte ou le grand méchant loup dont on apercevra la queue dans la cheminée. Histoire, cela va sans dire, de frémir entre deux éclats de rire. Drôle et osé sans jamais être vulgaire, voici un vrai spectacle pour enfants, enlevé et jubilatoire.

La question des séances scolaires

Une belle introduction, en quelque sorte, au spectacle suivant, "Poil, joie et puberté", destiné à faire rire les plus grands. Pas sûr, cependant que, malgré les animations proposées, ce plaidoyer pour une pilosité anarchiste et abondante ne soit programmé dans toutes les écoles secondaires de la ville de Bruxelles. Une question toujours en filigrane, ici, puisque les créations présentées sont appelées à tourner en séances scolaires et tout public. Pourtant, l’ingénieux professeur Catogan Bromidrose et son ingénue collaboratrice, l’excellente Geneviève Voisin, un clown tout en nuances, parcourent les écoles pour donner leur conférence révolutionnaire sur le poil à l’heure de l’hygiénisme à tout crin, si l’on ose dire…

Le message sous-jacent n’est autre que celui du libre arbitre mais il se perd dans la succession de jeux de mots - fussent-ils excellents - et de grimaces - fussent-elles appropriées. On passe cependant un très bon moment à prolonger en achetant à la sortie le CD "J’écoute mes poils pousser". Tout un programme !

D’école, il est aussi question dans "Les vilains petits" du Zététique Théâtre, un spectacle très écrit grâce à Catherine Verlaguet, un juste équilibre entre l’humour et la tension dramatique croissante. Grave sans être pesant.