Aux Brigittines, le goût du risque

Un festival international où réinventer le plaisir composite d’une soirée composée, entre danse et performance, parole et pensée. Critique.

Marie Baudet
Aux Brigittines, le goût du risque
©DR

Frontières et catégories ont pour vertu de rassurer quiconque souhaite se frayer un chemin parmi les arts scéniques. Abolies ou simplement brouillées, elles élargissent le champ de la perception. C’est ce qui, souvent, se passe aux Brigittines, singulier - et double - espace bruxellois dédié au mouvement et curieux de toutes ses formes. La danse qui s’y déploie a des accents divers, théâtraux, performatifs, picturaux, voire philosophiques.

Le principe de la soirée composée permet d’embrasser la palette de ces hybrides, tout en assouvissant au passage un goût du risque mesuré par la brièveté des propositions mais joliment salué par leur singularité.

Un trio, trois solos

Venu de Lyon, le collectif ÈS y présentait le week-end dernier un opus aussi simple d’apparence que subtilement réjouissant. Avec "Hippopotomonstrosesquippedaliophobie*", Sidonie Duret, Jeremy Martinez et Emilie Szikora explorent d’un air primesautier, et sur une bande-son enjouée, le vaste monde de leurs peurs, à commencer par celle des mots trop longs. Trente minutes ludiques, pleines de doute, d’énergie, de gravité, d’autodérision.

C’est un faune au féminin que figure Yasmine Hugonet, tête et hanches ceintes de guirlandes, dans "Le Rituel des Fausses Fleurs" - titre explicite pour une pièce qu’habite cependant une forme de mystère. S’y joue une cérémonie sombre, pointillée d’étrangeté et de références aux icônes de la danse.

Ayant étudié le théâtre, collaboré notamment avec Lia Rodrigues, et travaillant à une thèse sur les figures de la marginalité dans la danse contemporaine, Volmir Cordeiro déploie cette marge plurielle dans "Ciel", festival de visages, d’attitudes, de fiertés, de douleurs, le tout livré avec une générosité étourdissante et un humour désarmant.

Vera Mantero explore quant à elle l’interaction possible entre un corps en mouvement et une pensée énoncée en voix off : un cours de Gilles Deleuze sur Spinoza. "On peut dire de Pierre" offre à l’œil comme à l’esprit un propos libre, la beauté du geste jamais illustratif, l’essence de l’idée reconnectée au corps.

Le risque est bien là, assumé dans une programmation qu’émaillent crânement "Outrages et ravissements".

Nouvelle soirée composée : "Tsunamism" d’Elizabete Francisca, et "Vice Versa" de la Cie Mossoux-Bonté (25-26/8, chapelle, 20h30). A enchaîner, ce mardi, sur "Relative Collider" par Liz Santoro et Pierre Godard (25/8, Mezzo, 19h).

Festival international des Brigittines, Bruxelles, jusqu’au 29 août. Infos & rés. : 02.213.86.10, www.brigittines.be