L’amour, mythes et patchwork

Wim Vandekeybus mêle danse, rock et voix dans "Speak low if you speak love", au KVS. Critique Marie Baudet

Marie Baudet
L’amour, mythes et patchwork
©© Danny Willems

Le 9 septembre, les salles obscures du pays voyaient débouler "Galloping Mind" (bit.ly/1JrYUAa), premier long métrage de fiction du chorégraphe. Le 7 juillet, son nouveau spectacle voyait le jour au Festival au Carré, Mons 2015 étant coproducteur avec le KVS et le Festival de Marseille, entre autres. Wim Vandekeybus présentait mercredi la première bruxelloise de "Speak low if you speak love".

Corps sans visage, rock rauque

Une corde lancée dans la salle. Des voiles bordant le plateau que traverse une silhouette traversant l’espace pour disparaître derrière un rideau de feuillages, telle une prêtresse, une sorcière. Voilà l’atmosphère des premiers instants. Le chant et la présence de la Sud-Africaine Tutu Puoane jettent ombre et lumière sur le peuple sans visage, les corps qui se cherchent, tandis qu’en arrière-plan pulse le rock rauque et lent de Mauro Pawlowski, Elko Blijweert et Jeroen Stevens.

"Mauro est un maître du rythme, de la soul et de la virtuosité. Lui et sa musique intriguent, ils osent, ils sont sans peur. Sa musique vous atteint en plein ventre et bouleverse votre conscience", note Wim Vandekeybus, qui avait travaillé avec le musicien pour "nieuwZwart", en 2009.

Après une pièce sans musique très textuelle, le chorégraphe remet la danse au premier plan, avec huit interprètes et autant de personnalités. Jamil Attar, Livia Balazova, Chloé Beillevaire, David Ledger, Tomislav English, Nuhacet Guerra Segura, Sandra Geco Mercky et Maria Kolegova vont se dévoiler, embrasser de l’amour les représentations et récits mythiques - du clin d’œil à Pina Bausch en scène de groupe aux robes rouges à Œdipe ou d’Orphée et Eurydice - au risque d’en développer les clichés.

Le terrain de "Speak low…" est celui de l’amour indicible, "insurmontable, indéfinissable mais qui vit, qui bouge, qui danse", dit Wim Vandekeybus, qui depuis son tout premier spectacle en 1987 décline la puissance et le rythme. "Aujourd’hui, je cherche plus le risque émotionnel, psychologique", dit-il. Ça passe par le sens de la beauté, du rite, de l’instinct, de la pulsation cathartique, par l’humour aussi, qui ne sauve pas la seconde partie de ses longueurs.

Bruxelles, KVS Bol, jusqu’au 3 octobre, à 20h. Durée : 1h50. De 13 à 25 €. Infos & rés. : 02.210.11.12, www.kvs.be