"Cold Blood", la mort drôle (PHOTOS)

Nouveau coup d’œil dans le laboratoire où mûrit le spectacle.

Marie Baudet
Cold Blood making of avec Michele Anne De Mey le cinéaste Jaco Van Dormael Thomas Gunzig
Cold Blood making of avec Michele Anne De Mey le cinéaste Jaco Van Dormael Thomas Gunzig ©Johanna de Tessieres

Nouveau coup d’œil dans le laboratoire où mûrit le spectacle.

Il y a quelques semaines, ils avaient ouvert le studio à la presse pour un premier coup de sonde à la création en cours. "Cold Blood", qui verra le jour le 8 décembre, continue de mûrir entre les murs de Carthago, à Anderlecht, avant de rejoindre ceux du Manège de Mons, lieu même de cette création très attendue après le phénoménal succès de "Kiss & Cry", et par la même équipe - le collectif porte d’ailleurs le nom du premier spectacle.

Pendant un temps, "Cold Blood" s’est construit à coups de "bouts de scène sans histoire", rappellent la chorégraphe Michèle Anne De Mey et le cinéaste Jaco Van Dormael. "Et puis Thomas [Gunzig] arrive, avec cette mission impossible : écrire le lien entre toutes ces pièces de puzzle, qui ont à voir avec la persistance rétinienne : quelles images restent au moment où on meurt ? C’est une idée de mort drôle."

"Cold Blood", la mort drôle (PHOTOS)
©Johanna de Tessières


Recueillir les sédiments

D’ailleurs, ce matin-là, Thomas est là. Avec son sens de la formule de chroniqueur mi-aguerri mi-plein de doutes. "Dans Kiss & Cry, au début on ne sait pas que c’est le début. Pour Cold Blood c’est l’inverse : on ne sait pas que c’est la fin au moment où tout s’achève. Pendant plusieurs semaines j’ai recueilli les sédiments de leur travail ici. Parfois je viens pour rien, mais moins pour rien que si j’étais resté à écrire tout seul chez moi."

Son rôle : "Trouver une colonne vertébrale qui ne trahisse ni les images ni les émotions, qui soit une histoire sans en avoir l’air. Ajouter de l’humour, de la poésie sans plomber." Le matériel visuel continue de se construire, l’écriture aussi, simultanément.

Chez Thomas Gunzig, les gimmicks sont tragicomiques. En l’occurrence, "une série d’incidents de la vie, comiques ou stupides, qui aboutissent à la mort ; les images ne sont donc pas celles auxquelles on s’attend. Ce sont des bêtes morts : dans un car-wash parce qu’on n’a pas fermé la fenêtre, étouffé par l’attache d’un soutien-gorge dans un peepshow…" "Ou un accident d’avion où tout le monde a survécu sauf un, noyé, dans les toilettes", renchérit Jaco Van Dormael, renvoyant à "A part moi personne n’est mort", recueil de nouvelles corrosives de l’auteur (1999).

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Le chaud et le froid

Le cinéaste évoque aussi volontiers les "Idées noires" de Franquin pour "le côté grinçant, le décalage", tandis que la chorégraphe reformule l’évolution du projet par rapport à son prédécesseur. "Kiss & Cry", dit-elle, "avait quelque chose de chaud et qu’on chérit toujours, Cold Blood est plus bleu, plus froid, nourri par des impros catastrophes…"

"On est dans un moment d’articulation assez complexe, poursuit Michèle Anne, où tous les paramètres doivent se définir les uns par rapport aux autres." "Un peu comme le palais du Facteur Cheval, rebondit Jaco : des cailloux entassés sans plan, qui donnent un palais merveilleux" - "mais qui peut s’écrouler à tout instant", intervient Thomas.

Le dialogue, incessant, entre les créateurs, dit bien l’exercice organique auquel ils se livrent. En témoigne un tableau où sont affichées des photos de travail. "On assemble les pièces, on teste des enchaînements, les colliers s’allongent…"

Prochaine étape : le déménagement de l’équipe et de tout le dispositif à Mons, dans deux semaines.

"Cold Blood", la mort drôle (PHOTOS)
©Johanna de Tessières


Informations

"Cold Blood" du 8 au 13 décembre au Manège.Mons (infos & rés. : 065.39.59.39, www.mons2015.eu).

Et en 2016 : du 22 au 30 avril au Théâtre de Namur, du 15 au 25 septembre au KVS, les 29 et 30 septembre au Grand Théâtre de Luxembourg, du 4 au 8 octobre aux Écuries de Charleroi.