La magie joyeuse de Pina Bausch (PHOTOS)

A Anvers, sa compagnie reprend le très jouissif « Masurca Fogo » sur le Portugal et l’eau. Critique.

La magie joyeuse de Pina Bausch (PHOTOS)
©Zerrin Aydin Herwe
Guy Duplat

Six ans après sa mort, Pina Bausch vit plus que jamais. Sa compagnie est de retour à Anvers, au Singel, pour quatre soirs avec « Masurca Fogo », pièce joyeuse et colorée de 1998 et c’est à nouveau complet et enthousiaste.

La pièce est tout entière centrée sur le Portugal et sur l'eau. Les musiques sont essentiellement des fados d'Amalia Rodrigues, des orchestres du Cap Vert, des valses brésiliennes. Avec un peu de jazz et Duke Ellington. Ce spectacle a fortement marqué Pedro Almodvar, qui a intégré son final dans son film «Hable con ella»

Le décor est une falaise de pierre, étalée sur la scène avec, en avant, ce qui tient lieu de plage. Dans ce cadre battu par le vent, secoué par la musique, baigné complètement par d'impressionnantes images de mer déchaînée se déroulent les mille et une anecdotes - inracontables - d'un spectacle de Pina Bausch. Petites saynètes, humour, émotion. On rit, on est émerveillé. Comme toujours les danseurs parlent des jeux de la séduction, de la joie de vivre ou de l'angoisse d'être seul. Le public rit, participe.

Tour à tour, les danseurs jouent des solos tragiques ou désarticulés, joyeux ou cocasses. On voit les filles en talons aiguilles, les hommes danser le tango et jouer les fontaines, un gigantesque morse se dandiner et quelques nageurs en masque et tuba nager dans dix centimètres d'eau au fond d'une énorme toile plastique. Comme toujours, Pina Bausch qui travaille ses oeuvres en étroite collaboration avec ses danseurs parle de la vie, de l'amour, de la recherche des êtres. Mais on la sentait cette fois plus joyeuse.

Comme toujours les danseurs sont formidables. Dans la distribution on retrouve des «piliers» comme Nazareth Panadero, Julie Shanahan et Ruth Amarante, qui n’ont pas vieilli en vingt-cinq ans mais aussi quantité de jeunes danseurs éblouissants.

Nouvelles créations

Mais aussi aimé que reste Pina Bausch par un public fidèle, sa compagnie ne peut garder sa force en se contentant de reprendre d’anciens spectacles. Elle a donc choisi de créer de nouvelles pièces avec trois chorégraphes actuels choisis, entre autres, par Myriam De Clopper, directrice artistique du Singel: l’Anglais Tim Etchells, le duo français Cecilia Bengolea et François Chaignaud et Theo Clinkard. La compagnie a ouvert sa saison en septembre, à Wuppertal, avec cette soirée qui fut magnifique, dit-on. Mais elle refuse pour l’instant de tourner avec ses créations non bauschiennes. Pour ne pas casser la magie ?

La magie joyeuse de Pina Bausch (PHOTOS)
©Zerrin Aydin Herwe


La magie joyeuse de Pina Bausch (PHOTOS)
©Zerrin Aydin Herwe



«Masurca Fogo» de Pina Bausch, encore ce week-end au Singel.


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