"Die Zauberflöte", rêve déjanté

Reprise de la trépidante production de Cécile Oussat et Julien Lubeck. Imparfait, inspiré.

"Die Zauberflöte", rêve déjanté
Martine D. Mergeay

Reprise de la trépidante production de Cécile Oussat et Julien Lubeck. Imparfait, inspiré.

Créée en octobre 2010, la production de l’emblématique et ultime opéra de Mozart avait créé la surprise : on y découvrait le travail de deux artistes venant du théâtre et du cirque, les Français Cécile Oussat et Julien Lubeck, recommandés à Stefano Mazzonis par le chef d’orchestre Patrick Davin qui dirigea la production à l’époque.

Depuis lors, le tandem a tracé son sillon dans le monde lyrique, et revoir ce qui fut son coup d’essai atteste qu’il avait presque tout compris à l’art complexe de la mise en scène d’opéra. "Presque", parce que, une fois encore, les chœurs font les frais du concept, relégués hors scène et même hors écoute, tant ils semblent lointains. Mais ce qui est perdu d’un côté se rattrape plus ou moins d’un autre grâce à l’arrivée d’un bataillon d’acrobates et danseurs, en charge d’accompagner, d’amplifier ou de commenter les sentiments des protagonistes, tout en jouant les techniciens de plateau.

Un visuel enchanteur

Du conte initiatique au rêve déjanté, le pas est franchi avec grâce. Saisi dans un cauchemar qui l’oppose au serpent maléfique de l’ouverture, l’enfant Tamino partira à la conquête de l’amour, de l’amitié et de la vérité dans un univers enchanté, où la Reine de la Nuit surgira du portrait de l’ancêtre, où les trois dames seront des montants de cheminée, où Pamina prendra les traits d’une poupée prisonnière dans sa cage, où les prêtres seront revêtus d’attributs somptueux, empruntés à diverses religions et cultures réunies dans un joyeux élan syncrétique. Le visuel (Elodie Monet pour les décors, Sylvie Skynasi pour les costumes et Marc Gingold pour les lumières), est fouillé et poétique, il ouvre l’imagination, il fait sourire, il enchante.

A la tête de ses troupes, le directeur musical de la maison, Paolo Arrivabeni, signe sa première "Flûte enchantée", ce qui, même pour un Italien champion de Verdi, devrait être possible. Le soir de la première, on n’y était pas, ou pas encore : en dépit de tempos allants (ou peut-être à cause d’eux), l’orchestre manquait à la fois de fluidité et de précision, cantonné dans des sonorités assez mates que les bois ne contribuèrent pas à illuminer, notant un contact efficace avec le plateau (non avec les chœurs, toujours décalés).

Des seconds rôles tenus avec brio

Dans le rôle délicat de Pamina, Anne-Catherine Gillet ne semble réellement à l’aise que dans les envolées lyriques, mais donne à son personnage charme et intensité. Malgré un allemand folklorique, Anicio Zorzo Giustiniani est un Tamino crédible et frémissant (on le verrait plutôt en Nemorino), Mario Cassi se confirme un parfait Papageno, Burcu Uyar, meilleure dans son deuxième air, est une Reine de la Nuit honorable, et, malgré une très belle voix, le jeune Gianluca Buratto est un peu court du grave pour le rôle de Sarastro.

Les "seconds" rôles sont tous tenus avec brio, notamment par l’excellentissime Anneke Luyten, (première Dame), le ténor Krystian Adam (Monostatos), Roger Joakim (Der Sprecher), et les trois Knaben dont on saluera la justesse.


--> Liège, Opéra royal de Wallonie, du 18 au 31 décembre. Charleroi, PBA, le 9 janvier. En streaming, à partir du 5 janvier sur www.francetvinfo.fr. Infos : 04.221.47.22 ou www.operaliege.be

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