Voler, rêver, rugir avec Vandekeybus

Reprise du formidable « In Spite of Wishing and Wanting » de Wim Vandekeybus. Une critique signée Guy Duplat.

Voler, rêver, rugir avec Vandekeybus
©Danny Willem
Guy Duplat

Reprise du formidable « In Spite of Wishing and Wanting » de Wim Vandekeybus.

Ces derniers mois, autant Anne Teresa De Keersmaeker, que Jan Fabre et Wim Vandekeybus ont revisité leurs pièces historiques des années 80 et 90 et, chaque fois, on les redécouvre émerveillés. Que s’est-il passé alors en Flandre pour qu’une telle folie créatrice émerge ? Une explosion qui garde aujourd’hui toute sa beauté, son audace et sa singularité car cette « vague flamande » des années 80 et 90 reste unique.

On se le demandait en suivant mardi soir au KVS, à Bruxelles, la reprise avec une toute nouvelle distribution, du formidable « In Spite of Wishing and Wanting » que Wim Vandekeybus avait créé en 1999, il y a 16 ans déjà.

On en sort subjugué.

Dans ce spectacle, et pour la première fois, Wim Vandekeybus faisait le choix de n’avoir que des hommes sur scène et d’abandonner les questions autour de la séduction hommes-femmes. Ici, ce sont douze danseurs, comme une horde de chevaux fougueux (c’est la première scène). Pendant deux heures, ils vont s’ébrouer, se jeter dans les airs, s’affronter front contre front, se bagarrer. Un monde de mecs, mais aussi un monde de rêves, de désir de voler, de devenir petit poisson.

Troubles envols

La compétition entre mâles a remplacé la séduction mais les désirs inavoués, le besoin de tendresse, les frustrations, la peur du noir et de la nuit, restent bien là.

Lors de la création, en 1999, Marie Baudet écrivait dans « La Libre »: « La danse éclate en troubles envols, en rites hystériques, en chamailleries canailles. En scènes affolantes de risque et de foi, de spontanéité millimétrée, de chavirante douceur aussi. Que c’est beau. »

Les parties dansées sont extraordinaires, où, en longues jupes, les danseurs tournent sous la neige de plumes blanches, se jettent dans les airs en toupies affolées ou s’envolent littéralement comme des oiseaux.

Dans ce tourbillon de danse, Vandekeybus laisse la place à l’émotion, à la vie, à ses joies et ses misères, à ses conflits et ses chaleurs. Il parvient à mêler sa danse très physique, quasi violente, pleine de risques, à une extrême douceur et beauté.

La danse est portée par la musique entraînante de David Byrne. Wim Vandekeybus y ajoute des séquences théâtrales (le Tanztheater) et deux petits films surréalistes tirés de nouvelles de Cortazar qui ajoutent l’humour, la réflexion sur le langage, sans trop peser (comme parfois cela se produira dans certains spectacles suivants du chorégraphe).

Le spectacle fut un succès mondial. A revoir aujourd’hui, au KVS.

« In Spite of Wishing and Wanting », au KVS, à Bruxelles, jusqu’au 5 février

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