Francesca Woodman portée à la scène, au théâtre National

Un portrait très personnel et intériorisé de la grande photographe. Au National. Une critique signée par Guy Duplat.

Guy Duplat
Francesca Woodman portée à la scène, au théâtre National
©Théâtre National

Il existe des oeuvres qui bouleversent tout qui les rencontre. La poésie de Sylvia Plath (1932-1963), par exemple, remplie tant de son amour de la vie que de son impossibilité à vivre.

Les photographies de Francesca Woodman (1958-1981) sont tout aussi fortes. Comme Sylvia Plath, elle s’est suicidée, en se défenestrant de son immeuble new yorkais. Elle voulait être un ange, disait-elle. Morte à 22 ans à peine, mais, malgré ce si jeune âge, son oeuvre photographique est devenue culte.

Quasi toutes ses photos, prises pendant neuf ans, depuis qu’elle avait 13 ans, sont des autoportraits. En général dans sa chambre, parfois dans la nature. Son corps est souvent nu mais elle montre en même temps le désir de disparaître en jouant sur le flou, en disparaissant littéralement dans l’espace ou en jouant avec des miroirs qui sont là comme des gouffres. Fantôme désirant, elle approche la folie tout en étant si proche de nous. Des photographies comme un parcours initiatique vers les profondeurs de l’inconscient.


Nathalie Rozanes

La jeune performeuse et actrice, Nathalie Rozanes, 29 ans, fut comme tous, très émue en découvrant le travail et les écrits de Francesca Woodman et a voulu les mettre en scène dans une performance d’une heure au Théâtre National. Elle se l’autorise au nom d’une phrase répétée : « Rencontrer Francesca Woodman, c’est dialoguer avec soi-même. »

Nathalie Rozanes a fait le texte, la mise en scène et l’interprétation et a demandé à trois artistes actuels de se laisser inspirer par Francesca Woodman via le dessin, le film et la photographie (à voir en fin de spectacle).

De manière un peu cryptée, pas toujours claire (peut-on l’être quand on explore l’inconscient ?), elle mêle son propre regard sur l’oeuvre, les écrits de Woodman et des phrases empruntées à Kristeva et Ariana Reines.

Les photos de Francesca Woodman apparaissant, un peu chahutées, sur le fond de scène.

Nathalie Rozanes ne voulait pas faire de « biopic », ni illustrer Woodman. Elle exclut ainsi le corps nu et la tentation du suicide, pourtant les premiers éléments apparents du travail de Woodman. Elle privilégie un travail plus intérieur, empreint de sa propre subjectivité, sur les pensées brutes, sur le désir, la place d’une femme. Elle crée des images « à la Woodman », jouant dans un grand lit blanc défait, découpant une orange, se lovant dans un caisson transparent mais oppressant, recevant une pluie blanche. « De là où je suis, je vois ce que vous ne voyez pas », disait Woodman.

Un récit doublement intime (Woodman et Rozanes), sur les états de l’âme et les expériences de la vie. Une performance volontairement déroutante, une tentative de recréation qui démontre le pouvoir que garde l’oeuvre de Francesca Woodman.


Francesca, Théâtre National, jusqu’au 5 mars.