Des "Bêtes de foire" tendrement féroces

Un Petit Théâtre de Gestes à l’ancienne, absurde et décalé. Le bijou du festival Up !

culture
©Lionel Pesque
Laurence Bertels

Un minuscule chapiteau, deux comédiens et un chien, quatre ou cinq numéros et quelques lampions, il n’en faut pas plus pour créer un mini événement. Et doter l’Espace public à Koekelberg, un des lieux d’accueil du festival Up, la biennale internationale du cirque organisée par l’Espace Catastrophe à Bruxelles durant cette semaine encore, d’une ambiance féerique.

Les deux artistes accueillent le public devant leur chapiteau, coupent le cordon, présentent leur visage à la loupe et ouvrent grand les pans de leurs redingotes à l’intérieur desquelles les sigles barrés d’appareil photo, de portable ou de téléphone en Bakélite établissent les règles du jeu. L’ambiance foraine, les lourds rideaux de velours, le talent mâtiné d’authenticité et l’infinie tendresse font de ces “Bêtes de foire” un Petit Théâtre de Gestes à l’ancienne prêt à se tourner vers demain car plus ça ira, plus le besoin de chaleur et d’humanité se fera ressentir. De ce côté-là, Elsa De Witte et Laurent Cabrol – oui, l’ancien jongleur du cirque Trottola – assurent. Avec leur rythme hors du temps, leur lenteur maîtrisée, leurs gestes sacralisés, ils nous emportent, en quelques secondes, bien loin du quotidien.

Automate de papier

Assise derrière sa machine à coudre, elle, minutieuse, rigoureuse, les cheveux tirés, le visage pâle et impassible, se concentre sur son ouvrage et veille à parer l’automate de papier mâché, qui trône au centre de la piste, de ses plus beaux atours. C’est elle aussi qui dirige les opérations et mène à la baguette son acrobate de comparse qui croule peu à peu sous les hauts de forme s’empilant sur son chef. Elle tire les fils, range les ciseaux, bricole et nous invite, mine de rien, en leur “chez eux”, ce petit terrain de jeu où l’homme, avec ses airs à la Buster Keaton, jonglera avec des balles à même le sol, avalera des nez rouges, dressera son chien noir ou lancera son automate en piste pour un numéro de monocycle sur vélo de ferraille avant une improbable valse à deux temps.

Bidouille, bricolage, cirque absurde et brinquebalant dentelé à partir d’objets recyclés ou de morceaux de tissus ou encore allusions à peine déguisées au Cirque de Calder : pas étonnant qu’on se déplace en nombre pour découvrir ces “Bêtes de foire” qui ont fait les beaux jours du Zomer Van Antwerpen l’été dernier. A découvrir, avec ou sans enfants, jusqu’au 20 mars mais attention, vu la petite jauge (environ 130 places), mieux vaux réserver.

A Bruxelles, jusqu’au 20 mars. Dès 8 ans. Infos : www.upfestival.be