Piscine à débordement au Varia

"Le Tuba des pédiluves" multiplie métaphores et références, jusqu’au trop-plein. Critique.

Marie Baudet
Piscine à débordement au Varia
©Thomas Depas

Une piscine à la verticale et une étendue de mousse. Des nuages de plumes et un jardin de cactus. Un piscinier neurasthénique, une fille en maillot, un propriétaire déchu (père d’icelle), une sirène sujette aux addictions multiples, sans oublier un extraterrestre ballonné. Tels sont en résumé les éléments livrés aux spectateurs du "Tuba des pédiluves" - le genre de titre qu’on aurait aimé inventer.

Et puis il y a les références : l’esthétique de Philippe Quesne (bientôt à l’honneur au Kunsten), de Tadeusz Kantor, de François Chaignaud. L’hétéroclite "Tempête" de Shakespeare et le "Rien ne se perd, rien ne se crée…" de Lavoisier. Voire, si l’on ose, la rengaine d’Adjani"Une sorte de milkshake banane" : voilà comment Arthur Egloff et Damien Chapelle envisagent le travail que, complices de longue date, ils ont mené ensemble pour l’écriture et la mise en scène de cette première création à quatre mains. En veillant à "casser tous les murs", en imaginant "une spirale abyssale", en osant même "une consciente tromperie théâtrale" .

Mythologie sous microscope

En phase avec la saison du Varia dans laquelle il s’inscrit (estampillée "Et après ?" et traversée de questions sur l’avenir de la terre), le spectacle observe et figure un monde en perdition, et donc à réinventer. "À quoi aspirerions-nous si les parures joyeuses de notre modernité venaient à disparaître ?" s’interrogent Arthur Egloff et Damien Chapelle. Leur réponse - ouverte - passe par l’ironie et l’accumulation/déconstruction, les codes de la saga familiale, de la comédie absurde, de la tragédie outrée, voire de la mythologie dont les dieux, demi-dieux, mortels et assimilés seraient ici placés sous un microscope sans merci. Et aussi, de la sorte, par un bouillonnement métaphorique dont la force suggestive se mue bientôt en menace d’asphyxie.

Les acteurs Jean-Baptiste Calame (qui par ailleurs crée fin avril "Les Pollutions lumineuses" à la Balsa), Lucie Guien, Isabelle Lhoas, Dymitry Szypura et Pierre Renaux, avec Florian Berutti aux lumières et au son, construisent et habitent cet opus cocasse où, systématisée, la bizarrerie tend à s’user.

Bruxelles, Varia, jusqu’au 21 avril, à 20h30 (mercredi à 19h30). Durée : 1h25. De 10 à 21 €. Infos & rés. : 02.640.35.50, www.varia.be