G.Bistaki ne craint pas les tuiles... et jongle avec elles

Et jongle avec des tuiles comme d'autres avec les balles. Un cirque chorégraphique réjouissant. Aux Halles. Critique.

G.Bistaki ne craint pas les tuiles... et jongle avec elles
©© Loïc Nys (Sileks)
Laurence Bertels

Ambiance cosaque des grands soirs aux Halles de Schaerbeek. Même les températures se sont mises au diapason pour accueillir les cinq danseurs jongleurs de G.Bistaki, une troupe française comme son nom ne l'indique pas forcément. Et qui accueille le public à ciel ouvert, du côté de la Maison des Arts et de son adorable estaminet, ancienne sellerie du château, encore un lieu caché dont Bruxelles a le secret. Il manque juste le brasero pour imaginer les steppes au loin même si les marronniers en fleurs rappellent que la saison est bel et bien aux spectacles en plein air, en partie du moins, aux découvertes, aux retrouvailles après un hiver frileux.

Déambulatoire

Une première installation nous attend au jardin. Quelques accords de musique russe qui emportent d'emblée, des artistes vêtus de longues redingotes aux boutons dorés et coiffés de sacs à main renversés – juste une trouvaille géniale –, des premiers pas de danse en un duo fraternel, chaleureux et parfois conflictuel. Ou encore la rencontre de deux badauds tenant leur chien en laisse. Enfin leur chien... Disons plutôt leur tuile canal. Car ces artistes-là ne craignent pas les ennuis et jonglent avec les plaques de terre cuite comme d'autres avec les balles, sachant que le moindre faux pas ou faux bond ne sera pas sans risque pour la tête du spectateur.

Une belle manière de créer une certaine tension qui se relâchera lors des changements de tableaux en ce spectacle déambulatoire qui exploite à merveille les salles des Halles, petite ou grande, histoire de réellement bouger les lignes. Et d'admirer, en outre, les œuvres réalisées par les élèves de sixième secondaire de l'Institut Sainte-Marie de Saint-Gilles. La section Arts plastiques a travaillé avec la compagnie pendant plusieurs jours pour participer au « Chemin » parsemé de tuiles qui fait partie intégrante du spectacle et accroché aux cimaises quelques Magritte relookés. Quand la pomme devient tuile.

Détournements ludiques

Revisité, on l'aura compris, à toutes les sauces, l'agrès improvisé évoquera aussi bien un tableau de la Joconde qu'une coiffe bretonne en un détournement ludique, une exploration intelligente et sensorielle du corps, de l'espace, de la matière.

Assemblées tels des dominos, les tuiles s'effondreront ensuite l'une sur l'autre suivant un chemin grimpant fascinant avant de valser à nouveau de main en main chez ces danseurs circassiens rompus aux arts de la jonglerie puisque la plupart d'entre eux viennent du Lido, à Toulouse, une des grandes écoles supérieures du cirque, connue entre autres pour cette discipline-là.

Alternant entre lenteur, théâtralité, danse et virtuosité, « Cooperatzia, le chemin » multiplie les clins d’œil tout en dressant une succession de tableaux qui sont autant de scènes de vie où chacun se reconnaîtra.

Malgré la grève des intermittents en France, la compagnie a maintenu sa représentation, en signe de solidarité avec Bruxelles, explique Florent Bergal (acrobate, danseur, manipulateur d'objets), précisant que le spectacle est une poignée de main pour se saluer et que la suite de la conversation se déroule au bar.

Mais quelle poigne! Spectaculaire. Pas étonnant que la compagnie soit précédée d'une telle réputation et que « Cooperatzia, le chemin » laisse des traces partout où il passe.

Bruxelles, Halles, jusqu'au 30 avril à 20h30. Infos & rés. : 02.218.21.07, www.halles.be


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