La compagnie Théâtre en liberté dans les pas de la troupe de Molière

Frédéric Dussenne met en scène "Molière" d’après Boulgakov, l’histoire d’une compagnie. Critique.

La compagnie Théâtre en liberté dans les pas de la troupe de Molière
Camille de Marcilly

Comment raconter la vie d’une compagnie ? Ses tensions, ses envolées, ses difficultés, ses moments de grâce ? Frédéric Dussenne a trouvé une réponse en retraçant la vie d’un chef de troupe hors du commun : Molière. Il écrit : "Raconter cette vie, c’est raconter un métier. Le leur, le mien. Ou plutôt un art. Et raconter cet art, c’est aussi raconter le monde". Quand la compagnie Théâtre en liberté a invité Frédéric Dussenne après le départ de Daniel Scahaise, le directeur artistique, il lui est apparu comme une évidence que le sujet du spectacle serait la compagnie même. Pour l’évoquer, il adapte avec Michel Bellier le roman de Boulgakov autour de la vie de Molière et de sa troupe, l’Illustre Théâtre.

Au Théâtre de la place des Martyrs, port d’attache de la compagnie, le décor est planté d’emblée. En miroir, face aux fauteuils rouges où s’installe le public, d’autres rangées de gradins. Sur scène, les acteurs déambulent dans une pièce blanche et sobre où trônent une table, des chaises et un réfrigérateur. Théâtre en liberté convie le spectateur à une répétition. Les douze comédiens s’interrogent sur la manière d’aborder Molière, choisissent l’œuvre de Boulgakov et se lancent. Texte en main, ils s’attribuent des rôles, jouent des scènes, coupent des passages résumés par une narratrice.

Appel à l’imaginaire

Si le spectacle ne s’attarde pas sur les jeunes années de Molière et les douze ans d’itinérance à travers la province française, les acteurs racontent toutefois la rencontre entre Jean-Baptiste Poquelin et Madeleine Béjart, son premier amour, son actrice principale, et la naissance de la compagnie. Malgré toute la distanciation de la mise en scène, l’imaginaire prend le dessus et on se laisse emporter par la formidable histoire de ce meneur de troupe, dramaturge de génie, acteur et metteur en scène. La confrontation à la censure, les relations avec le pouvoir, les difficultés financières sont évoquées lors de scènes incarnées entrecoupées de discussions sur la suite du spectacle, brisant ainsi l’illusion. La tension dramatique ne tient pas la longueur (2h30) mais de beaux moments intenses portés par Christophe Destexhe, Hélène Theunissen ou le duo Julie Lenain-Alexandre Croissiaux donnent tout son sens à "Molière". On imagine sans peine la compagnie Théâtre en liberté, en miroir de la troupe de Molière, discuter pendant des heures des subsides, des problèmes techniques ou de l’attribution des rôles. Frédéric Dussenne a réussi son pari : dresser le portrait d’une compagnie.

Bruxelles, Théâtre de la place des Martyrs, jusqu’au 28 mai. Durée : env. 2h30. De 10,50 à 16,50 €. Infos & rés. : 02.223.32.08., www.theatredesmartyrs.be

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