La solitude du "Petit Chaperon Rouge"

Revisité par Joël Pommerat, le conte de Perrault s'ancre dans notre réalité. Et explore aussi le rapport mère-fille. Jusqu'à samedi au National.

La solitude du "Petit Chaperon Rouge"
©Philippe Carbonneaux
Laurence Bertels

Vu par Joël Pommerat, "Le Petit Chaperon rouge" se découvre évidemment sous un autre jour. Car ce grand homme de théâtre, cet écrivain de plateau, comme il se définit lui-même, n'a pas son pareil pour relire les contes, les traduire dans notre langue et notre temps.

Créé en 2004, ce spectacle d'une grande sobriété continue à tourner et ouvre un autre volet dans la carrière de l'artiste, celle du théâtre pour enfants, pour tous. Suivront "Pinocchio" d'après Carlo Collodi en 2008 et surtout l'inoubliable "Cendrillon" créé en 2011 au Théâtre national.

"Le Petit Chaperon Rouge" étant le plus emblématique des contes, il était logique que Pommerat commence par celui-là, lui qui se demande souvent, lorsqu'il crée, si les enfants – ou si ses propres filles – pourraient venir voir son spectacle.

"Le Petit Chaperon Rouge", en outre, le renvoie à l'enfance de sa mère qui habitait la campagne et parcourait chaque jour une dizaine de kilomètres à travers les champs et les bois, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige.


Climat, tension, empathie

Alors que raconte aujourd'hui l'histoire de cette fillette (candide Valérie Vinci) partie seule voir sa mère-grand à l'heure où on ne laisse même plus les enfants traverser la rue? Peut-être celle d'une petite fille esseulée, abandonnée par une mère débordée (Isabelle Rivoal justement agitée) qui, avec sa longue chevelure rousse, traverse le plateau de long en large, perchée sur la pointe des pieds au rythme du bruit de ses talons hauts, en off, eux aussi. Un de ces décors sonores dont Joël Pommerat a le secret et qui donne d'emblée souffle et tonalité au récit. Un climat, une tension, une empathie naît déjà de cette relation mère fille d'aujourd'hui.

Puisque sa maman n'a jamais le temps, l'enfant expérimentera seule la préparation des gâteaux et surtout du flan qu'elle portera, seule encore, à sa grand-mère.

Formellement proche de la tradition orale, le conte est joué en quarante-cinq minutes ! Sans décor à part quelques jeux d'ombres, ce Petit Chaperon-là, pas même revêtu de rouge, se découvre à travers la voix d'un narrateur (Rodolphe Martin), et il faudra attendre l'apparition du loup pour que les comédiens se mettent à parler. Se découvre alors le rapport à la nature, à la bestialité, à la peur et aux désirs explorés chez Perrault et mille fois analysés depuis.

Entre humour et crainte, noir et exagération, le récit prend alors un autre tour, plus classique, pour revenir ensuite aux rencontres des générations, aux inversions des rôles qui attendent la plupart des filles et de leurs mères.

----> Bruxelles, Théâtre national (studio), jusqu'au 7 mai, à 20h30 (samedi aussi à 15h). Infos & rés. : 02.203.53.03, www.theatrenational.be

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