Hard rock avec taupes géantes

Début en musique et boulettes de terre avec "La nuit des taupes" de Philipe Quesne. Critique.

Hard rock avec taupes géantes
©Philippe Quesne - Welcome to Caveland! 2 (c) Martin Argyroglo
Guy Duplat

Le Kunstenfestivaldesarts a bien commencé vendredi soir au Kaaitheater avec « La nuit des taupes » de Philippe Quesne. Certes, le spectacle doit encore évoluer et s’affiner, c’était une première mondiale, mais globalement le public a passé un moment festif et étrange. Sur scène, une grande boîte ouverte vers les spectateurs. Une musique country coupée d’éclairs. Peu à peu, des pics trouent les murs de cartons et de grosses pattes griffues viennent arracher le décor ou amener sur scène d’immenses boulettes de terre. Les taupes sont au travail. Sept taupes géantes, des acteurs couverts de lourds costumes hyperréalistes (une prouesse d’y rester enfermé deux autres. A chaque fois, ils perdent deux litres de transpiration). Très vite, on se croirait avec de vraies taupes au fond de leurs galeries souterraines.

Quasi aveugles, n’émettant que des grognements, elles ont l’air pataud de gros nounours avec de longs nez obscènes. Mais elles marchent, se roulent, sautillent. Une sorte de théâtre animalier sans paroles, dans un décor de stalactites et de fumées.

Trip délirant

Ces taupes vivent (presque) comme nous : quand une meurt, les autres la soumettent à une rituel funéraire en musant « Ne me quitte pas ». Une autre accouche devant nous, jambes ouvertes. Elles expérimentent l’art sur les parois de la caverne et les mots (« la nuit des taupes »). Parfois, elles voient l’air libre et reviennent comme des ombres de la caverne de Platon.

Philippe Quesne est aussi un plasticien et s’est bien amusé à créer ce monde souterrain avec ses vers de terre géants et ses architectures fragiles.

Une fois passé l’amusement et la surprise, on a parfois l’impression que Philipe Quesne ne sait plus trop bien quoi dire encore et le spectacle se traîne alors un peu. Mais il termine en concert hard rock taupes, festif comme un trip délirant.

La musique joue d’ailleurs un grand rôle, jouée sur scène par les taupes malgré leur accoutrement.

On peut trouver 1001 sens à ce spectacle ou simplement jouir de ce conte sous-terrain. Un sens possible est que dans ce monde inquiétant, il faut descendre sous terre, creuser les choses, revenir aux fondements de notre vie de mortels, retrouver la simple fraternité des taupes autour de la musique.

Le Kunsten a aussi inauguré son quartier-général, cette année aux Brigittines, avec des terrasses en plein air et, déjà devant la chapelle, l’annonce du « Caveland » à venir de Philippe Quesne encore.

Les réservations sont particulièrement bonnes cette année, preuve que le soi-disant climat délétère à Bruxelles, n’empêche nullement les amoureux de l’art de venir voir ce que le Kunsten a encore déniché et de risquer l’aventure, avec délices.


La nuit des taupes, Kaaitheater, Bruxelles, jusqu’au 9 mai, Kunsten.

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