"The Evening", l’ordinaire et l’onirique

Le Kunstenfestivaldesarts accueille à nouveau les New York City Players avec une pièce qui démantèle les archétypes.

"The Evening", l’ordinaire et l’onirique
©Richard Maxwell New York City Players
Marie Baudet

Le Kunstenfestivaldesarts accueille à nouveau les New York City Players avec une pièce qui démantèle les archétypes.

Richard Maxwell, auteur et metteur en scène, était au Kunsten en 2007 ("The End of Reality") et 2011 ("Neutral Hero"). C’est aussi un habitué du FTA de Montréal où il présentait l’an dernier le subtil "Isolde". On retrouve à Bruxelles son théâtre d’une impressionnante richesse formelle, empreint de décalages.

"The Evening", présenté comme le premier volet d’une trilogie, rassemble dans un bar un manager véreux (Jim Fletcher), un boxeur sur le retour (Brian Mendes) et une mi-barmaid mi-pute (Cammisa Buerhaus) ouvrant le spectacle sur un monologue qui convoque ses souvenirs d’enfance et les derniers instants de son père. Mais c’est dans un présent ordinaire et glauque que s’ancre le trio (un autre le rejoindra, composé des musiciens James Moore, Andie Springer, David Zuckerman) : des êtres fêlés, des losers, des antihéros de l’Amérique qui brise les rêves autant qu’elle les cultive. Leur relation, à géométrie variable, va de la soumission à la lutte, de la tendresse au mépris, de l’intimidation à l’indifférence. On pourrait se croire au cinéma, collé à une réalité étriquée et pesante. Le théâtre pourtant confère à la situation toute sa puissance radicale, instinctive et ouverte. Maxwell se joue des archétypes et de leurs zones floues, distillant un malaise diffus au gré de ce "jeu blanc" déconcertant, intrigant.

Révolte, fuite, dissolution

Annonçant à ses camarades son intention de partir, Beatrice provoque une série de réactions retenues et brutales. Avec sa révolte déterminée et calme, une sorte de fuite, d’effacement est à l’œuvre. "Est-ce que j’ai le droit de me sentir libre ?", lance-t-elle tandis que monte un rock-folk désinvolte.

Transformation, transition, dissolution, disparition : le décor de Sascha van Riel peu à peu s’éclipse, tandis que se démantèlent les archétypes. Jusqu’à un final onirique et soufflant. Comme un écho aux paysages scénographiques si brillamment questionnés dans Decoratelier (lire ci-contre).

---> Bruxelles, National, jusqu’au 15 mai (samedi à 18h, dimanche à 15h). Durée : 1h. En anglais, surtitré fr/nl. Infos & rés. : 02.210.87.37, www.kfda.be