Kunsten: un tigre dans la forêt de Soignes

Malgré le froid, un moment de magie avec le film en pleine forêt.

Kunsten: un tigre dans la forêt de Soignes
©Kunsten Festival
Guy Duplat

Il y a quelque chose de formidable à Bruxelles qui propose une offre culturelle exceptionnelle avec un public bigarré et international, avide de tout. Le Kunstenfestivaldesarts, qui fait salle pleine quasi tous les soirs, en est l’exemple. Il avait programmé lundi soir, la projection en pleine forêt de Soignes du film « Tropical Malady » d’Apichatpong Weerasethakul.

Les spectateurs garaient leurs voitures à la gare de Groenendael ou venaient en navette. Ils devaient d’abord s’aventurer à la nuit tombante (21 h) droit dans la sombre forêt. Un petit km de marche jusqu’à une clairière couverte d’herbes folles, au milieu des hêtres.

Le froid lundi était pinçant, moins de dix degrés. On recevait une couverture et un transat pour s’installer où on voulait face à un grand écran blanc. Tous les transats pris, les autres se cherchaient un coin d’herbes pour s’y coucher, devisant en attendant le film, mini-Woodstock improvisé.

Le film avait obtenu le prix du jury au Festival de Cannes 2004. Le réalisateur thaïlandais y raconte la rencontre et l’amour entre un jeune soldat et un garçon de la campagne. Une histoire un peu fleur bleue qui brusquement, au milieu du film, s’arrête, et change du tout au tout. Le garçon a disparu, peut-être transformé en animal par un chaman. Le soldat part à sa recherche, halluciné. Il erre dans la forêt mystérieuse, croisant le danger, la poésie, le désir, le tigre et le singe parlant.

C’est cette partie qui avait bien sûr sa place au milieu de la forêt belge. Et l’on voyait la jungle thaïlandaise se fondre dans la forêt belge (sauf pour la température), la ligne des arbres se prolonger du film à la réalité, la canopée s’étendre, la lune briller un moment à la fois dans le ciel et dans le film. Les craquements de la jungle, semblaient venir des hautes fougères et des bosquets autour de nous. Il était près de minuit quand le film terminé, les spectateurs frigorifiés cherchaient le chemin du retour entre les arbres, sous le regard amusé des chevreuils, des lapins et des fourmis, bien cachés.

Sur le même sujet