La Syrie nous plonge dans le coma

Des Syriens racontent le quotidien d’une famille frappée par la guerre.

La Syrie nous plonge dans le coma
©Didier Nadeau
Critique Guy Duplat

Impossible pour un événement culturel d’aujourd’hui, de pas évoquer le drame syrien. Le Kunsten (à la Balsamine à Bruxelles) et le prochain Festival d’Avignon ont invité le metteur en scène syrien Omar Abusaada à présenter « Alors que j’attendais » écrit par Mohammad Al Attar.

On est à Damas, au chevet de Tym, un jeune homme qui a participé aux révoltes pacifiques du printemps arabe en 2011, qui a filmé les manifestations de rue et fut pourchassé par les sbires d’Assad jusque dans leurs prisons. Il a été tabassé par des « inconnus » et se retrouve chez lui dans un coma profond.

La scène est divisée en deux. En-dessous, le lit où est allongé. Sa famille et ses amis viennent à son chevet espérant son réveil. Au-dessus, il y a l’espace des « limbes » où se retrouvent le jeune homme et un ami tué. Tym entend tout, vit tout mais ne peut se réveiller.

On est ici loin des images habituelles de la guerre et de ses drames incommensurables. On voit comment la guerre peut se vivre au quotidien dans les familles déchirées, inquiètes, révoltée, prises en tenaille comme le dit Mohammad Al Attar « entre le fascisme militaire d’Assad et le fascisme religieux de Daesh ». Certains s’en sortent en parlant, d’autres fuient dans le haschich, la mère veut que la fille porte le voile, l’amie de Tym a choisi de se faire avorter face à l’incertitude.

En exil

On suit à travers les visites de la famille et des amis le drame depuis la fin des rêves démocratiques du printemps syrien de 2011. Certains sont partis, d’autres restent encore. Ils sont tous les jouets d’une guerre quasi planétaire qui les écrase totalement.

Le coma devient ici la métaphore de l’état dans lequel se trouve la population syrienne, voire le monde entier face à un tel drame. « Aujourd’hui, explique Omar Abusaada, je me sens proche d’un ensemble de gens qui pensent qu’aucune justice sociale ne sera possible dans mon pays si on ne la recherche pas également au niveau mondial. La question du coma traduit aussi cette prise de conscience des changements. »

Omar Abusaada a fait ses études dramatiques à Damas et poursuit un théâtre politique et socialement engagé. Toute sa famille vit encore à Damas et lui-même y reste toujours «même si je ne m’y sens plus en sécurité à cause de la nature de mes textes ». Mohammad Al Attar, lui, a déjà dû quitter la Syrie en 2012 contre sa volonté et il ne peut y revenir aussi longtemps que le régime Assad est en place.

« Alors que j’attendais » d’Omar Abusaada, à la Balsamine à Bruxelles, jusqu'au 28 mai et ensuite au Festival d’Avignon