Le Kunsten, moteur et vecteur de curiosité

Scènes/Arts Le Kunstenfestivaldesarts clôt ce samedi 28 mai - sur des chiffres en hausse - une 21e édition aventureuse, pertinente et profonde. Bilan.

"Five Easy Pieces" de Milo Rau, événement du festival.
"Five Easy Pieces" de Milo Rau, événement du festival. ©Phile Deprez
Guy Duplat & Marie Baudet

Que cherchent ses spectateurs venus une fois de plus en masse suivre le programme aventureux du Kunstenfestivaldesarts ? Sans doute une expérience unique, des spectacles qu’on ne verrait pas ailleurs et qui nous donnent des émotions fortes et neuves.

Ce fut le cas cette année avec au moins cinq d’entre eux qui continuent, longtemps après, à nous trotter en tête. D’abord “Five Easy Pieces” de Milo Rau, “le” spectacle de ce Kunsten. Très impressionnant, formidablement joué par les enfants, allant au cœur de l’affaire Dutroux. Il y eut aussi “Fever Room” du Thaïlandais Apitchatpong Weerasethakul, plongée magique au bord d’une autre planète, sous la mer et sur les nuages. Dans un registre plus anecdotique, on a pu voir aussi, en pleine forêt de Soignes, la nuit, un film hypnotique du même réalisateur. Il y eut encore (le début, du moins, de) “La Nuit des taupes” de Philippe Quesne (et sa déclinaison aux Brigittines “Welcome to caveland !”) avec cette vision troublante d’un monde souterrain. On se souviendra de l’ultra-radicalité plastique minimaliste de Germaine Kruip. On peut souligner enfin la force toute simple du film et du dispositif du collectif Berlin sur ce couple de vieillards restés dans la zone interdite de Tchernobyl pour y mourir.

Ces spectacles ont en commun d’être hors normes mais pourtant très directs. Tous évoquent à leur manière la cave (de Dutroux), la grotte, la caverne, la bulle (de Tchernobyl), l’absence des humains. Signe des temps ?

À côté de cela, on a pu revoir avec plaisir l’intelligente subtilité de Thierry De Mey, la folie déjantée de Miet Warlop. Mention spéciale au spectacle émouvant d’Omar Abusaada sur la Syrie.

"Fruits of labor", performance rock.
"Fruits of labor", performance rock. ©Titanne Bregentzer / RHoK


Contagion

Avec 139 représentations, 35 projets présentés, dont 21 premières mondiales, un taux d’occupation remarquable de 95 %, et 26 500 tickets vendus (ces chiffres datant de vendredi, plus de 24h avant la fin du festival), le Kunsten prouve que la curiosité – moteur de sa programmation – agit aussi comme un virus ultracontagieux. Meurtrie et malmenée, Bruxelles a ici et malgré tout continué à drainer un public nombreux, multiple, local et international, avide d’aventures neuves à travers lesquelles regarder et questionner le monde, le quotidien, l’art lui-même.

Le projet “Infini” de Decoratelier, sondant ce que cherche et exprime la scénographie, pourrait être l’emblème de cette édition foisonnante et interrogative, pertinente et profonde. Une édition de fidélités, avec les propositions sensibles et sensées de Toshiki Okada, d’Amir Reza Koohestani, de Sarah Vanhee, de Richard Maxwell, de Bouchra Ouizguen, d’El Conde de Torrefiel. Une édition aventureuse qui, aux éclats et coups de force, préfère les terrains que l’on creuse et d’où l’on s’élève, sans oublier de proposer à son public des expériences hors du commun, comme les “Natten” de Mårten Spångberg, mais aussi des expos, des ateliers, des rencontres, des moments de réflexion. Trois semaines nourrissantes et intenses, pour la 21e fois,


Le 22e Kunstenfestivaldesarts aura lieu du 5 au 27 mai 2017.


Kunstenfestivaldesarts, Bruxelles, jusqu’au samedi 28 mai. Centre du festival et fête de clôture aux Brigittines. Infos : www.kfda.be

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