Fantaisie bucolique et sombre, "Le Dire des forêts" creuse sous les apparences

Un quatuor à cœurs signé Philippe Vauchel. Création du Rideau de Bruxelles à l'Atelier 210.

Marie Baudet
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©Alessia Contu

Un quatuor à cœurs signé Philippe Vauchel. Création du Rideau de Bruxelles à l'Atelier 210. Critique.

Homme de théâtre, mais aussi - voire surtout - homme de la terre, des horizons larges, de la brume dans les bois, Philippe Vauchel pose sur nos scènes sa silhouette généreuse, et sur notre époque son regard hors du temps.

Cet adepte des formats singuliers et de la proximité (on se souvient notamment de "Trois secondes et demie" où, en appartement, le comédien entraînait une poignée de spectateurs dans une variation sur la confidence) crée à présent "Le Dire des forêts", pièce pour quatre humains en retrait. 


"Bonne fête de fin de journée"

Ces personnages peu identifiés, hommes et femme, semblent s’être extraits du monde pressé, ultraconnecté. Retour à la terre, simplicité volontaire… On peut extrapoler. Ou lire simplement, dans ces quatre corps, visages, voix, silences, la connexion véritable et première : de l’humain aux cycles naturels. "Bonne fête de fin de journée", se lancent-ils soir après soir, alors que le jour décline. 

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©Alessia Contu


Anne-Claire, Jean-Luc Piraux, Philippe Vauchel (qui signe aussi la mise en scène, en tandem avec Michael Delaunoy) et en alternance les musiciens Jonathan De Neck ou Didier Laloy habitent cet univers de terre, de bois et d’étoffes, où les souvenirs jaillissent des jeux, où les murmures deviennent mélodies. Un univers de rites et de liberté. Une utopie sans prétention, qui accepterait les peurs et les doutes qui la parcourent. 

Fantaisie bucolique et sombre, "Le Dire des forêts" creuse sous les apparences
©Alessia Contu


Éloge de l’écoute

La scénographie d’Alain Wathieu, les lumières de Philippe Catalano, la création sonore de Laurent Beumier et le travail vocal de Muriel Legrand contribuent à faire de cette création du Théâtre Nationale 4 (production du Rideau de Bruxelles accueillie à l’Atelier 210) une parenthèse étonnante et douce, dont la fantaisie n’escamote pas les parts d’ombre. 

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©Alessia Contu


"Le Dire des forêts" laisse parler les corps et cultive l’écoute, au-delà des mots, comme si s’ébattait là, soucieux de s’accorder, un petit orchestre de chambre qui aurait les pieds dans l’humus et la tête dans le cosmos.

De quoi nous rappeler que, comme la poésie, la simplicité est une audace dans le cynisme ambiant.


--> Bruxelles, Rideau @Atelier 210, jusqu’au 11 février, à 20h30 (mercredi à 19h30, dimanche 5/2 à 15h). Durée : 1h30 env. De 10 à 20 €. Débat du bout du bar le mercredi 1er février, avec l’équipe du spectacle et le philosophe et professeur Jacques Malisoux. Infos & rés. : 02.737.16.01, www.rideaudebruxelles.be

--> Ensuite à Comines (16/2) et Marche-en-Famenne (17-19/2)

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©Alessia Contu