"On passe à l’action" (PHOTO + VIDEO)

Les Halles offrent au chorégraphe et danseur Serge-Aimé Coulibaly un focus en deux pièces. Avec en filigrane un hommage à l’activisme politique.

nuit blanche
©Elise Lafitte Duval
Marie Baudet

Les Halles offrent au chorégraphe et danseur Serge-Aimé Coulibaly un focus en deux pièces. Avec en filigrane un hommage à l’activisme politique.

Interprète unique, Serge-Aimé Coulibaly s’avère aussi "une force stimulante avec ses idées, son empathie et son inspiration", se souvient Alain Platel, qui l’engagea dans deux productions des Ballets C. de la B., "Wolf" (2003) et "C(h)œurs" (2012).

Le danseur né au Burkina Faso créera sa structure, Faso Danse Théâtre, et ses propres pièces, avec un constant souci - en forme de défi permanent - d’élever des ponts entre l’Afrique et l’Europe. De mener aussi un chantier de réflexion qui inclut ceux qui y assistent.

Terre des printemps arabes, des révoltes populaires qui parfois présagent et inspirent les mouvements citoyens européens, terre de résistance à l’oppression politique ou militaire : c’est cette Afrique que salue le focus des Halles consacré à Serge-Aimé Coulibaly. Pour, en deux spectacles, "croiser les révoltes d’hier et celles d’aujourd’hui".

Inspiré par l’atmosphère des quatre villes africaines qui l’accueillaient en résidence, nourri de sa collaboration avec le rappeur-slammeur burkinabé Smockey Bambara, "Nuit blanche à Ouagadougou" (voir la vidéo ci-dessous) a été répété avant les émeutes de 2014, et créé pendant celles-ci. Comme une préfiguration de la nuit d’insurrection où, le 31 octobre, à Ouaga, les citoyens ont exigé le départ de Compaoré, leur dirigeant tricheur. Empruntant au hip-hop, aux danses traditionnelles d’Afrique et à la danse contemporaine, la pièce épouse les mots et les rythmes de Smockey pour, dans un enchaînement de tableaux, dire la révolte nécessaire, l’urgence du présent et de ses plaisirs, la prise en main d’un destin.


La question de l’engagement et le vent de la liberté soufflent aussi sur la seconde pièce du focus, présentée au Halles une semaine plus tard. Cette nouvelle création a été inspirée au chorégraphe par la musique et la vie de Fela Kuti, dont la résidence à Lagos, dans les années 70, nommée "Kalakuta Republik", était un haut lieu de résistance à la dictature militaire. A travers la danse engagée de Serge-Aimé Coulibaly, les Halles reviennent là, aussi, sur leur propre histoire, lorsque leur fondateur et directeur Philippe Grombeer se rendit, avec pour acolytes Hubert Dombrecht et Jean-Louis Sbille, à Lagos, au Festac (Festival des Arts et de la Culture négro-africains), au début de 1977. Un séjour durant lequel des liens durables se nouèrent avec le libertaire Fela - qui a combattu sans relâche la corruption, le sexisme, les inégalités, et les multinationales installées au Nigeria. 

Kalakuta
©Serge-Aimé Coulibaly


Actualisant cette urgence, "Kalakuta Republik" s’accompagne des compositions musicales qu’Yvan Talbot livre en direct. 


Bruxelles, Halles de Schaerbeek, dans le cadre de Brussels Dance. "Nuit blanche à Ouagadougou" les 7 et 8 février. "Kalakuta Republik" du 15 au 17 février. Infos & rés. : 02.218.21.07, www.halles.be