"Eux sur la photo" ou l’immersion dans le romanesque

La Maison Éphémère ose un roman-photo théâtral itinérant. Subtile expérience.

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© Rosalie Colfs

La Maison Éphémère ose un roman-photo théâtral itinérant. Subtile expérience. Critique.

Créé en mai, le nouveau spectacle de la Maison Éphémère est repris pour quelques soirs de septembre, et c’est tant mieux. De quoi offrir à de nouveaux spectateurs de s’aventurer, avec les trois comédiens, dans les allées du parc du château d’Hélécine, et les souvenirs des personnages de ce qui, au départ, est un roman épistolaire d’Hélène Gestern.

C’est Brigitte Baillieux qui, découvrant Eux sur la photo (éd. Arlea), y greffe son envie d’un jour travailler sur le roman-photo. Elle signe l’adaptation et la mise en scène, avec la complicité de Rosalie Colfs (photographie), de Michel Suppes (scénographie), de Jean-Grégoire Mékhitarian (création son), de Simon Renquin (création lumière et régie). Autant d’ingrédients intégrés ici au fil d’un parcours en 16 stations et 54 photographies grand format.

Au plus près de l’intime

Hybride, le projet mêle des médiums divers, de la littérature à l’installation, sans jamais cesser d’être du théâtre, au plus près de l’intime.

Pari audacieux remporté avec grâce par la compagnie de Brigitte Baillieux et Guy Theunissen. Celui-ci - sorte de narrateur en même temps que personnage faisant le lien avec le passé - guide les 80 spectateurs (jauge maximale) sur les sentiers, parmi les arbres majestueux du parc. Parmi les souvenirs aussi, parce que c’est de mémoire qu’est tissée cette histoire. De secrets enfouis, de photos retrouvées, de visages peu à peu sortis de l’oubli.


Hélène (Coraline Clément) et Stéphane (Renaud Van Camp) découvrent, chacun de son côté, des documents familiaux. Leurs deux quêtes, quoique sinueuses, convergeront bientôt, les menant sur des pistes insoupçonnées, vers un secret lourd à percer. Mais aussi chacun au plus profond de son être, de ses failles, ses doutes, ses aspirations.

Sans jamais d’insistance ni de facilité psychologisante, Eux sur la photo réussit à emporter le public (avec ses petites chaises-cannes, de station en station) dans un récit plein de rebondissements, voire de suspense, mais aussi empreint d’une douceur qui n’oblitère pas ses propres noirceurs, d’une poésie contagieuse, où la mélancolie se teinte d’espoir.

Tout cela dans un dialogue inédit, parfois vertigineux, entre les strates de la représentation, entre le figé et le vivant, l’instantané et la durée, le fantasme et le réel.


  • Hélécine, parc du château (2 rue Armand Dewolf), jusqu’au 15 et du 19 au 22 septembre, à 20h. De 13 à 18 €. Repas (optionnel, servi à 19h) : 15 €. Attention : se vêtir et se chausser chaudement. 
  • Infos & rés. : 0483.46.36.35, www.maisonephemere.be