"La Salade", vaudeville tchekhovien

Baptiste Sornin signe une farce ébouriffée en cinq actes - avec perruques et fusil de chasse. Au Varia puis à Liège.

"La Salade", vaudeville tchekhovien
©Alice Piemme AML

Baptiste Sornin signe une farce ébouriffée en cinq actes - avec perruques et fusil de chasse. Au Varia puis à Liège.

Le rideau s’ouvre sur un intérieur bourgeois figuré dans ses moindres détails. Signée Prunelle Rulens, cette scénographie faussement classique permet surprises et claquements de portes. Car c’est bien dans le vaudeville que s’est aventuré Baptiste Sornin pour sa première mise en scène. Ou plus exactement dans ses codes. Qu’il croise avec ceux de la bourgeoisie, notamment celle que dépeint le théâtre de Tchekhov, désenchantée, ballottée entre langueur et sursauts, consciente de l’art au point de parfois étouffer les sentiments humains. 


Salade sauce piquante

Dans cette maison cossue - de la campagne russe ? de la verte périphérie bruxelloise ? d’ailleurs ? - vivent Marguerite, la tante (Alexandre Trocki), qui s’ennuie à mourir en attendant des nouvelles d’Ivan, et Gaïev, poète philosophe torturé (Vincent Minne). Sans oublier Julie, la bonne aux pieds nus, volontiers mystique, et aux audacieuses associations culinaires (Elena Perez), et son frère Gabriel, homme à tout faire terre-à-terre et inquiétant (Jérôme de Falloise). Ce petit monde trompe l’ennui jusqu’à ce qu’une lettre inespérée annonce l’arrivée prochaine de Nikolaï, le neveu prodige, parti depuis dix ans (Karim Barras). Bien entendu, rien ne se passera comme prévu, malgré l’empressement de la tante à convier moult connaissances pour fêter ce retour.

Alexandre Trocki (la tante), Vincent Minne (Gaïev), Jérôme de Falloise (Gabriel), Elena Perez (Julie) et Karim Barras (Nikolaï) habitent avec un vif sens du rythme l'univers imaginé pour eux par Baptiste Sornin.
Alexandre Trocki (la tante), Vincent Minne (Gaïev), Jérôme de Falloise (Gabriel), Elena Perez (Julie) et Karim Barras (Nikolaï) habitent avec un vif sens du rythme l'univers imaginé pour eux par Baptiste Sornin. ©Alice Piemme AML


Piquante, étonnante, souvent hilarante, cette Salade est assaisonnée de détournements, dérision et références à foison. Tchekhov en tête, et bien d’autres dans son sillage. Plaisir de connaisseur ? Pas seulement. Chacun peut découvrir une farce à la fois hénaurme et subtile, qui se joue des conventions tant théâtrales que sociales. De l’artifice scénique aux non-dits et autres petites hypocrisies ordinaires, quel crédit accordons-nous aux apparences ?

Lui-même acteur par ailleurs, Baptiste Sornin propulse ses interprètes dans un tourbillon de répliques qui fusent, de gimmicks et d’attitudes travaillées sans crainte de l’excès ni de la caricature. Esprit de troupe et sens du tempo se conjuguent pour faire de La Salade un moment de rigolade irrésistible, poussé jusqu’à basculer dans l’étrangeté dans un finale qui tiendra, lui, plutôt de l’implosion.

  • Bruxelles, Varia, jusqu’au 1er décembre Durée : 1h50. Infos & rés. : 02.640.35.50, www.varia.be 
  • Et au Théâtre de Liège du 29 janvier au 2 février. Infos & rés. : 04.342.00.00, www.theatredeliege.be