“1984”, un spectacle musical et terrifiant

“1984”, un spectacle musical et terrifiant
©Zvonock

"Traduire, c’est déjà trahir… et c’est davantage le cas encore pour une adaptation”, reconnaît bien volontiers Thierry Debroux, directeur du Théâtre royal du Parc, dont la dernière création, 1984, est librement adaptée du célèbre roman de George Orwell.

Pour ancrer le récit, Thierry Debroux n’a pas repris le fil rouge du journal intime dans lequel le personnage principal, Winston Smith (interprété par Fabian Finkels) couche toutes ses pensées, ce qui se bouscule dans sa tête par rapport au monde et à ce qu’il est devenu, façonné, modelé par des dirigeants avides de pouvoir et d’un contrôle total et absolu de leurs citoyens. Le directeur du Parc a fait le pari de faire intervenir la “mauvaise pensée” de Winston, incarnée par Guy Pion. Et ça marche  ! Dès l’entame du spectacle, le public est pris à partie et emmené sur le chemin de l’histoire.

Winston, employé au ministère de la Vérité, est chargé de réécrire l’Histoire, d’amender les archives selon la version défendue par le Parti, annihilant ainsi tout esprit critique, toute remise en cause, tout embryon de révolte. La propagande est seule maîtresse dans cette société devenue stérile, où les sentiments, l’amour, l’art, le vin, le parfum, la musique,… ont été bannis au profit d’une surveillance vidéo permanente (Winston est contraint à faire une séance de sport chaque matin, à donner son sperme tous les mois,…), insupportable, régie par la délation à outrance, la haine de tout ce qui ne serait pas conforme au Parti, la torture et le meurtre.

Noir, mais en chansons et musiques

Cette atmosphère oppressive est extrêmement bien rendue grâce à une scénographie aux décors grandioses – un immense cube divisé en plusieurs containers pivotant pour créer différents lieux (appartement de Winston, ministère de la Vérité,…) au fil du spectacle –  et aux costumes futuristes – des uniformes gris avec tablette et led intégrés – signés Ronald Beurms. Si en 1949 lorsqu’est paru son livre, George Orwell imaginait une société ultra-connectée, aujourd’hui, la technologie a rattrapé son esprit visionnaire. Le travail de création vidéos, de musique et de lumières sur 1984 (réalisés par Allan Beurms, Laurent Beumier et Laurent Kaye) emporte définitivement les spectateurs dans l’univers terrifiant de Big Brother  : “on vous observe, vous êtes coupable de tout”. Par moment, on se croirait même davantage au cinéma qu’au théâtre.

Néanmoins, la noirceur du propos est adoucie par une mise en scène, orchestrée par Patrice Mincke, alliant dialogues, chansons et chorégraphies (de Johann Clapson et Sidonie Fossé) faisant de 1984 un spectacle aussi musical qu’alarmant sur ce à quoi pourrait un jour définitivement ressembler notre société

Bruxelles, Théâtre du Parc, jusqu’au 6 avril. Infos et rés. au 02.505.30.30 ou sur www.theatreduparc.be