De qui faisons-nous nos ennemis?

La troupe chilienne Bonobo livre avec "Tú amarás" une parabole caustique au Kunstenfestivaldesarts.

De qui faisons-nous nos ennemis?
©Bonobo

La troupe chilienne Bonobo livre avec "Tú amarás" une parabole caustique au Kunstenfestivaldesarts.

Amérique, 1600. Un indigène, deux colons. Le prologue donne le ton : malaise et malentendu, vernis de bienveillance.

Sans guère de transition, on se retrouve en 2019, au jour 1 d’une conférence internationale sur les préjugés dans la médecine. Couvert d’un tapis aux mêmes motifs géométriques et couleurs vives que le vêtement de l’Indio du prologue, le périmètre scénique est ceint de tables nappées, organisées en carré ouvert, limitant et structurant les déplacements. Peu de mouvement donc, et une "action" ténue.

Mais c’est dans la pensée que tout remue, par l’entremise d’un texte incisif. L’auteur Pablo Manzi en cosigne la mise en scène avec Andreina Olivari, tout en s’appuyant sur le collectif d’acteurs virtuoses de la compagnie chilienne Bonobo. 

carré
©Bonobo


Secrets et mensonges

Gabriel Cañas, Carlos Donoso, Paulina Giglio, Guilherme Sepúlveda et Franco Toledo campent donc ces médecins travaillant en colloque sur l’assistance humanitaire, alors que le contexte est marqué par l’arrivée récente des Aménites, population alien (étrangère, voire extra-terrestre) fictive.

Ce prétexte dramaturgique, plutôt habile, permet de pénétrer sous la surface "professionnelle" pour questionner non pas la médecine mais les rapports humains : confiance et défiance, altérité et groupe, secrets, mensonges et aveux, peur et amour, prégnance des préjugés.

carré sur pointe
©Bonobo


Intitulé Tú amarás (Tu aimeras, comme dans les commandements sacrés), le spectacle fait émerger – sur le mode d’une conversation parcellaire, dont on saisit des bribes jour après jour – le racisme implicite qui existe dans le fait même de se déclarer antiraciste. Mais aussi nos peurs apprises, et non innées. La terrible et banale petite fabrique à ennemis tapie sous nos meilleures intentions.

Abreuvée d’ironie tonique, une abrasive chronique de la haine ordinaire.


  • "Tú amarás" par Bonobo, aux Tanneurs jusqu’au 22 mai (en espagnol surtitré fr/nl).
  • Dans le cadre du Kunstenfestivaldesarts, Bruxelles, jusqu’au 1er juin - 02.210.87.37 - www.kfda.be


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