Juste avant le suicide

Au Kunstenfestivaldesarts, "De Living", création contemplative d'Ersan Mondtag, l'enfant terrible du théâtre allemand, arrogant pour les uns, génie pour les autres.

Juste avant le suicide
©Hupfeld

Au Kunstenfestivaldesarts, "De Living", création contemplative d'Ersan Mondtag, l'enfant terrible du théâtre allemand, arrogant pour les uns, génie pour les autres.

Parfaitement calibré pour le Kunsten, susceptible de susciter la controverse, De Living, d'Ersan Mondtag (Tyrannis, 2015), nouvelle coqueluche allemande, enchante ou exacerbe. Dans l'esprit de cet enfant terrible, considéré comme arrogant par les uns, génie novateur par les autres. Le temps répondra. La beauté, elle, est bel et bien là.

Trouble d'abord cette symétrie parfaite dans ce décor, presque un studio, rigoureusement japonisant et ses deux appartements, salons, identiques, de part et d'autre de la paroi, avec cet effet miroir, qui invite à chercher l'erreur, comme cette tête de cheval, posée sur le carrelage, en damier noir et blanc, côté jardin. 

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Extrêmement cinématographique, truffé de références au septième art, qu'il s'agisse du Parrain, de la filmographie de Wes Anderson, voire de celle d'Hitchcock, De Living, créé pour NTGent, et présenté en première au public belge au National, se révèle contemplatif, sans parole et paisible, frisant la méditation et offrant, en ces temps survoltés, une respiration, source parfois d'ennui trop oublié.

La mort en temps réel

Le pitch? Élémentaire. La mort, ou plutôt le suicide, en temps réel, d'une jeune femme, Doris Bokongo Nkumu, qui se met la tête dans le four. Hallucination ou perception réelle, une odeur de gaz flotte dans la salle. Puis, en slow motion, sa dernière heure à rebours, dans sa robe à oiseaux, assortie aux fleurs de cerisier du papier peint. On la voit à table, poser la tête dans les mains, penser, attendre, agir lentement, petits gestes du quotidien sacralisés, avant l'acte ultime pour une raison que l'on ignore et qui n'est pas racontée.

Soudain, dans l'autre salon, apparaît une femme en salopette de travail, sa jumelle, Nathalie Bokongo Nkumu, qui deviendra son double, avec la même robe, la même coiffure, la même morphologie. Elle aussi nourrit ses oiseaux, réchauffe de la sauce tomate, ouvre une armoire remplie de boîtes Campbell, si chères à Andy Warhol. En fond sonore, une sirène, d'usine, de guerre ou d'ambulance. Volera-t-elle la vie de son alter ego?

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Une esthétique imparable pour raconter l'inéluctable, cette mort au théâtre déjà traversée par Antigone, Ophélie, Hedda Gabler sous le sceau, elles, de la révolte. On pense aussi inévitablement à Sylvia Plath, dont Fabrice Murgia a mis, de manière plus abondante, la vie et la mort en scène, en ouverture de saison au National. Et encore, à toutes ces femmes, ces êtres, qui célèbres, artistes, ou non, ont, un jour, un soir, une nuit, traversé le fleuve.


  • Bruxelles, National, jusqu'au 25 mai. Durée: 1h10. 
  • Dans le cadre du Kunstenfestivaldesarts, jusqu'au 1er juin. Infos & rés.: 02.210.87.37, kfda.be

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