“Les Atrides”, quand le sang coule jusqu’au chaos

Georges Lini revisite ce drame antique. De la froide vengeance à la débâcle.

“Les Atrides”, quand le sang coule jusqu’au chaos
©Jérôme Dejean

Après un MacBeth utltra-contemporain empli “de bruit et de fureur” en janvier dernier, le directeur artistique de la compagnie Belle de Nuit Georges Lini revient au Théâtre royal du Parc avec un chef-d’œuvre classique à nouveau malaxé, digéré et repensé en écho au monde actuel : Les Atrides, drame familial, d’après les textes des dramaturges Eschyle, Sophocle, Euripide et Sénèque.

Un écran vertical sur le fond de la scène. Le bruit de la pluie. Des ombres se glissent sur le plateau plongé dans l’obscurité. Batterie. Guitare. Et puis, projeté en grand : “Le sang des Atrides”. “Mais nous, nous tous, sommes-nous meilleurs par hasard ? (Pasolini). Omniprésent pendant toute la pièce, l’écran (la création vidéo est de Sébastien Fernandez) fait office de décor – un mur lézardé aux nuances de rouge, bleu, vert… créant une atmosphère tantôt chaude tantôt froide – et de repère chronologique, un procédé dont Lini avait déjà usé dans L’homme qui mangea le monde au Poche en septembre 2018.

Charismatique Daphné D’Heur

Tragédie antique mêlant de très nombreux personnages dont les destins se font et se défont au fil des générations, Les Atrides pourraient très vite devenir indigeste. Mais l’adaptation de Georges Lini se révèle claire et aisément compréhensible, grâce, également, à une distribution d’excellent(e)s comédien(ne)s. Le pitch ? Pour s’attirer des vents favorables pour conquérir Troie, Agamemnon (interprété par un brillant et puissant Itsik Elbaz) sacrifie sa fille Iphigénie (Wendy Piette). Dix ans plus tard, alors qu’il rentre victorieux, son épouse Clytemnestre (charismatique et envoûtante Daphné D’Heur), femme de tête qui ne craint pas de dire à son mari ce qu’elle pense, porte toujours en elle le goût amer de la vengeance. Avec son amant, Egisthe (Stéphane Fenocchi), elle tue Agamemnon. Mais, fous de douleur, ses enfants, Electre (Inès Dubuisson) et Oreste (Félix Vannoorenberghe) les assassinent de sang-froid.

Pour tisser cette trame de la vengeance et du meurtre érigé en patrimoine familial, Georges Lini a construit une pièce au rythme allant crescendo – de la froide vengeance au chaos –, intelligemment impulsé par la présence sur scène de deux musiciens (François Sauveur, qui fait aussi office de chœur, et Pierre Constant). Magnifique, poétique presque par moments, la scénographie (signée Thibaut De Coster et Charly Kleinermann) habille le propos à bon escient. On regrettera toutefois certains moments de flottement ainsi que quelques longueurs dans lesquelles, parfois, se perd l’émotion juste de la situation.

Bruxelles, Théâtre du Parc, jusqu’au 15 février. Infos et rés. au 02.505.30.30 ou sur www.theatreduparc.be