Les échappées foraines de Villeneuve en scène

Les échappées foraines de Villeneuve en scène
© MAXPPP/Vincent Muteau
Marie Baudet, à Avignon

Outre la Chartreuse et son Centre national des écritures du spectacle (CNES), précieux lieu de résidence pour dramaturges et partenaire historique du In, Villeneuve-lès-Avignon abrite également, à quelques encablures de là, Villeneuve en scène.

Inclus dans le Off, festival dans le festival, ce rendez-vous des arts forains pose ses chapiteaux et ses roulottes entre prairie, clairière et pinède. Une bulle pavoisée de fanions et bruissant de notes, de rires et d’émotions.

Les circonstances pandémiques ont hélas amenuisé le public des fidèles. Mais le cirque - au sens large - s’accroche et résiste.

Petit théâtre de gestes

C’est le cas de Laurent Cabrol (l’un des fondateurs de Trottola) et d’Elsa De Witte qui, avec leur compagnie Bêtes de foire, remettent le couvert du spectacle éponyme, déjà joué plus de 300 fois - dont en 2015 au Zomer van Antwerpen et en 2016 au festival UP, biennale internationale du cirque à Bruxelles.

"Bidouille, bricolage, cirque absurde et brinquebalant dentelé à partir d’objets recyclés ou de morceaux de tissus" - comme le décrivait alors Laurence Bertels -, ce spectacle fourmille d’invention et d’onirisme, de risque mesuré, d’acrobatie fantasque, de jonglage unplugged mais branché sur l’imaginaire, de personnages esquissés, sur fond de mélodies désuètes.

Virtuosité et poésie, bien sûr, irriguent ce petit théâtre de gestes farci d’humilité autant que d’invention.

Cette invention qui, forcée par le contexte, renouvelle le cadre. Ainsi le gradin circulaire s’est-il peuplé de silhouettes doucement fantomatiques mais bien présentes, aux visages attentifs, expressifs, tournés vers la petite piste centrale. Astuce plastico-poétique permettant de répondre à la toujours nécessaire application des gestes barrières, à commencer par la distance sanitaire.

Petit chien noir, gros chat blanc

Derrière le chapiteau, dans la pinède, après une représentation qui a fait le plein de public familial et enthousiaste, la vie de la compagnie suit son cours.

Le petit chien noir fatigué de Bêtes de foire retrouve son camarade le gros chat blanc, tandis que les artistes mêlent la détente aux contacts professionnels, ingrédient indissociable d’un festival, à leur rythme hors du temps, en accord avec l’esthétique que cultive le duo : le minimalisme fourmillant d’un théâtre résolument forain, nomade, artisanal, diablement humain et riche de surprises.

Une quinzaine de propositions

Le "festival des écritures itinérantes" qu’est Villeneuve en scène accueille cette année une quinzaine de propositions, qu’elles soient inédites, récentes, ou signées par des troupes mythiques des arts du cirque et de la rue.

Parmi elles, épinglons 26 000 Couverts (avec Véro 1re, Reine d’Angleterre et ses galères), Les Trois Points de suspension (avec Hiboux, ses musiciens-comédiens et son conseiller funéraire), l’Association des Clous (avec More Aura et Christine, sa boxeuse-clown entre Julia Roberts et Mary Poppins, obsédée par la mort), ou encore Labkine (et La Machine, objet hybride entre la borne de jeu Arcade et la machine à sous pour s’initier à la danse contemporaine).

Un petit monde à part, où prendre la mesure des vastes paysages qu’offre d’arpenter l’art forain.


Villeneuve en scène, jusqu’au 21 juillet - www.festivalvilleneuveenscene.com/