Felwine Sarr articule Fanon et Char. Envolées rythmiques

"Liberté, j’aurai habité ton rêve…" à Avignon avant Namur et Liège.

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© Christophe Raynaud de Lage

C’est l’une des créations belges attendues du 75e Festival d’Avignon. Produit par le Théâtre de Namur et la Charge du Rhinocéros, coproduit notamment par le National et le Théâtre de Liège, Liberté, j’aurai habité ton rêve jusqu’au dernier soir a connu sa première jeudi.

Le jour s’attarde et le mistral souffle par à-coups tandis qu’on découvre, dans la cour Montfaucon de la Collection Lambert, une scénographie de Matt Deely : métal et bois en structures rectilignes, parallèles et perpendiculaires, sur un plateau jonché de pages.

Felwine Sarr, économiste et auteur, fondateur des Ateliers de la pensée de Dakar, acteur et musicien, convoque dans ce texte deux figures de la littérature et de la liberté : le poète surréaliste et résistant français René Char (1907-1988), et le psychiatre et essayiste anticolonialiste martiniquais Frantz Fanon (1925-1961). Deux plumes, deux êtres en lutte qui, s’ils ne se sont pas rencontrés, avaient en commun de mettre leurs actes à l’unisson de leurs écrits.

La mise en scène de Dorcy Rugamba (acteur dans le spectacle Going Home de Vincent Hennebicq, ou dans le film Le Chant des hommes autour de la grève de la faim d’un groupe de sans-papiers, auteur de Bloody Niggers, coauteur de Rwanda 94 du Groupov, ayant collaboré entre autres avec Peter Brook, Rosa Gasquet, Milo Rau ou Denis Lavant) instaure comme fil rouge une émission de radio, À lettre nue, où la journaliste (Marie-Laure Crochant) reçoit l’écrivain Djidjack (Flewine Sarr) à l’occasion de la sortie de son dernier livre Richmond Road, le nom du bar où il a vu en rêve dialoguer Char et Fanon.

Conte musical et politique

Ce dialogue se met en jeu sous nos yeux, entremêlant à celles de l’interview les voix de la performeuse polymorphe T.I.E et du musicien et acteur Majnun. Quatre présences pour une parole entrelacée, diffractée, étayée au fil de ce conte musical teinté d’afrobeat, de folk, d’accents de blues, d’envolées rythmiques.

Des épisodes de la résistance dans laquelle s’engage René Char à la cause algérienne épousée par Frantz Fanon, en passant par la Bataille d’Alsace et les honneurs déniés aux soldats antillais ayant combattu pour la France, le récit se fait entrelacs, superposant les voix des "maîtres" pour les fondre en une pensée syncrétique. "Je me découvre homme dans un monde où les mots se frangent de silence. Avec un seul devoir, celui de ne pas renier ma liberté au travers de mes choix."

Et Sarr/Djidjack de faufiler le tout à grands traits tantôt souples tantôt rageurs, questionnant l’identité (l’héritage, le devenir ou les interstices ?), les méandres de l’histoire coloniale, la légitimité de la violence, "la vie qui persiste et qui s’élance".

  • "Liberté, j’aurai habité ton rêve jusqu’au dernier soir", au Festival d’Avignon jusqu’au 20 juillet - www.festival-avignon.com 
  • Et ensuite : le 26 août au Théâtre de Namur (Intime Festival), le 28 août à Central/Théâtre de la Louvière (Festival Ouvertures), le 29 août au Théâtre de Liège (Festival Scènes d’été).

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