Le mouton fait homme de FC Bergman

"The Sheep Song", fable animalière sans parole, pousse l’humanité jusqu’au paradoxe.

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© Christophe Raynaud de Lage | Festival d’Avignon
Marie Baudet - Envoyée spéciale à Avignon

Créé en mai comme "événement-test" au théâtre Bourla, le nouveau spectacle de FC Bergman a rejoint le Festival d’Avignon cinq ans après que l’iconoclaste Het Land Nod y fit sensation. Toujours attaché à un théâtre aux forts effets visuels imbibés de références culturelles occidentales, le collectif anversois convoque ici les bestiaires médiévaux pour mettre en jeu l’aspiration de l’animal à l’humanité.

Un coup de cloche tonitruant - le lourd engin surplombant le public - sonne le début de The Sheep Song et viendra ponctuer la représentation, actionné par un éphèbe d’une pâleur de marbre dont seul le visage est voilé de vermillon.

Tableaux vivants sur tapis roulant

Un individu se tient à l’écart du troupeau. Un mouton qui, se hissant à la verticale, se met à côtoyer les étranges bipèdes que sont les humains.

Deux tapis roulants parallèles traversent le plateau longitudinalement. Le mouton debout (Jonas Vermeulen, en demi-pointes et costume de mouton signé Joëlle Meerbergen) y prendra part à une série de tableaux, se mêlant à une foule aux visages unimement blêmes, aux aboiements féroces d’un chien, à un petit théâtre de marionnette priapique manipulée et châtiée par un démiurge vociférant…

Familier des pièces sans parole (à de rares exceptions près), FC Bergman creuse ce sillon abreuvé d’imagerie biblique et de formules empruntées à l’imaginaire collectif. Brebis égarée, mouton noir, agneau mystique ou encore bouc émissaire : les métaphores abondent. Le processus fait office de projecteur sur l’esprit/écran de celles et ceux qui assistent à cette manière de cérémonie mâtinée de sarabande.

De l’union d’une femme et du mouton fait homme naît un petit être mi-humain mi-ovin, tandis que paraissent, fugaces, des figures hybrides mythologiques, fictionnelles voire bien réelles, du scarabée de Kafka à Pinocchio, de Daphné transformée en laurier à Michael Jackson.

Désir et désarroi

Plus qu’un récit, c’est bien une fable que propose ici le collectif anversois avec The Sheep Song : une parabole à la morale interrogative, sombre et feuilletée qui, tendue par le désir et l’enthousiasme, ploie sous le désarroi, sinon le désespoir. Le tout remue ce qui, en nous, parle de groupe et de solitude, d’adaptation et de rejet, de douceur et de chagrin, de confusion, d’angoisse, de changement et des forces qui y résistent.

Moins monumentale que d’autres de leurs créations, la pièce conçue par Joé Agemans, Stef Aerts, Thomas Verstraeten et Marie Vinck n’en offre pas moins des images puissantes et persistantes.

Festival d’Avignon, jusqu’au 25 juillet - www.festival-avignon.com "The Sheep Song" sera en tournée au Luxembourg, en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas. En Belgique, FC Bergman le présentera notamment à Turnhout, Roeselaere, Genk, Ostende. Et au Toneelhuis/Bourla à Anvers du 22 au 30 décembre 2021 et du 24 au 28 mai 2022.

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