“Le Petit Prince”, de l’astéroïde B 612 à Villers-la-Ville

Entre poésie du texte de Saint-Exupéry et ingéniosité virtuelle, Patrick de Longrée propose un spectacle féerique.

Pour son 35e spectacle théâtral de l’été au cœur du splendide site de l’Abbaye de Villers-la-Ville, Patrick de Longrée, co-producteur et scénographe, est un peu sorti des sentiers battus : pas de pièce de cape et d’épée, de grand classique ou de tragédie, mais bien un spectacle intimiste, familial et onirique baigné d’une douceur pétillante : Le Petit Prince. En choisissant d’adapter cette œuvre indémodable d’Antoine de Saint-Exupéry (1943), Patrick de Longrée n’a pas pris de grands risques quant au texte – Le Petit Prince est l’ouvrage de littérature le plus vendu au monde – dont la beauté et la poésie renvoient à nos souvenirs d’écolier et résonnent toujours avec autant d’acuité. Tout le défi résidait donc dans la manière de raconter ce récit et de le mettre en scène.

Si dans le livre de St-Exupéry l’histoire est contée en “je” par l’aviateur – tombé en panne dans le désert, il rencontre un petit bonhomme aux cheveux couleur d’or venu d’une autre planète, l’astéroïde B 612 –, Patrick de Longrée a habilement retissé l’histoire en muant le Petit Prince en narrateur principal. Quant à la mise en scène, il l’a confiée à Alexis Goslain, qui connaît bien les rouages des spectacles en plein air de Villers-la-Ville. Ici, pas de grands effets, mais quelques propositions judicieuses qui dynamisent efficacement l’histoire.

Écran géant et marionnettes

Alors que les ruines de l’Abbaye se drapent de leur parure de nuit, on entend le moteur d’un avion qui vient de se casser en plein désert. Le pilote parvient à s’échapper de l’appareil en fumée et s’endort à l’abri d’une dune. Au lever du jour, il est tiré de son sommeil par une petite voix qui lui demande “S’il vous plaît, dessine-moi un mouton”.

Duo complice, Damien De Dobbeleer (l’aviateur) et François Heuse (le Petit Prince) se glissent chacun dans leur personnage avec une touchante sincérité, sans jamais verser dans la miellerie. Mention spéciale d’ailleurs pour François Heuse, dont c’est le premier rôle-titre à Villers-la-Ville. Le jeune comédien porte le récit avec une formidable constance et justesse.

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© Aude Vanlathem


Ayant quitté sa petite planète (où vient d’éclore une rose (jouée par Catherine Conet) pour visiter d’autres astéroïdes, le Petit Prince raconte son périple à l’aviateur au gré de ses rencontres avec une galerie d’habitants hauts en couleur. Grâce à un astucieux montage vidéo réalisé par Allan Beurms et Franck Villano, chaque personnage s’affiche sur un écran géant. Le Roi (Pascal Racan), le Vaniteux (Bruno Georis), le Buveur (Denis Carpentier), le Businessman (Éric de Staercke), l’Allumeur de réverbère (Camille Pistone) et le Géographe (Daniel Hanssens), chacune de ces apparitions est un vrai délice tant au niveau de l’interprétation que des superbes costumes, signés Stephen Shank et Maghet Costumier. À cette ingéniosité du virtuel s’allie parfaitement l’authenticité du théâtre : attachantes marionnettes conçues par Anaëlle Impe, le Serpent et le Renard sont magnifiquement interprétés par Jordan Marty.

De l’astéroïde B 612 à Villers-la-Ville, Le Petit Prince ne cesse d’émerveiller, rappelant en ces temps houleux, ô combien “on ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible aux yeux”.

--> Jusqu’au 14 août à l’Abbaye de Villers-la-Ville (puis à l’Aula Magna du 28 au 30 décembre). Infos et rés. 070.22.43.04 – www.deldiffusion.be