La joie, forme de résistance à la dureté du réel

Flora Détraz a offert aux Brigittines, un spectacle chanté, déjanté et jubilatoire, qui fait du bien.

"Muyte Maker" de Flora Détraz.
© Bruno Simao

Le public habituel du Festival international des Brigittines à Bruxelles est revenu cette année tout à son plaisir de découvrir de nouveaux spectacles singuliers (et parfois d’inévitables déceptions).

Dans ces temps moroses de Covid, Muyte Maker (titre inspiré d'une expression flamande ancienne qui signifie "mutinerie") a réjoui les spectateurs et a montré que la joie peut être une forme de résistance féminine contre les peurs du monde et les règles rigides qui nous rendent prisonniers.

C’est l’oeuvre amusante de la chorégraphe franco-portugaise Flora Détraz qui depuis plusieurs années questionne la relation entre la voix et le mouvement, créant des spectacles à la fois débridés et très construits, beaux et osant le grotesque.

Quand on sait que son parcours, débuté par l’étude de la danse classique, s’est poursuivi auprès de Maguy Marin et que, comme interprète, elle travaille notamment avec Marlene Monteiro Freitas, on ne s’étonneras de cette polyphonie fantaisiste et décapante qu’elle a offert au public bruxellois.

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© Bruno Simao

En ouverture, on ne voit dans l’obscurité que quatre paires de jambes blanches sous une table. Quand la lumière arrive, on découvre quatre danseuses et musiciennes, (outre Flora Détraz, Mathilde Bonicel, Inès Campos et Agnès Potié) assises et coiffées de légumes, avec leurs tresses accrochées au plafond par des poulies et raccordées à des instruments tranchants, un peu comme dans un tableau de Bosch.

Les quatre se mettent à chanter des interprétations hilarantes du répertoire médiéval ou de celui des chansons à boire, passant sans coup férir d’un chant classique aux techniques des ventriloques dont elles usent de manière saisissante.

Leurs corps et leurs chants les transforment, tour à tour, en poulets caquetants, en chevaux au galop, ou en Japonais ou Russe délivrant des borborygmes incompréhensibles. Tout un monde imaginaire et drôle nait de leurs voix et de leurs corps désobéissants dont elles usent tout aussi joyeusement, depuis des jeux de bouche ou de pieds, jusqu’à chanter renversées sur leurs tables, têtes contre le sol ou à mimer les poules et leurs ailes coupées.

Quatre femmes insoumises qui nous ont offert un gai moment qui n’élude pas le tragique mais le détourne en un franc sourire.

--> Festival des Brigittines, jusqu’au 28 août.

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