"Llum", une histoire dansée et chuchotée à l’oreille des petits

De la poésie à l’absurde, premiers coups de cœur aux Rencontres de Huy.

"Llum", une histoire dansée et chuchotée à l’oreille des petits

Il est des matins comme ça où Llum, presque comme la lumière en latin, se lève sans prévenir, traverse les brumes matinales, éclaire les âmes et soulève l'enthousiasme des spectateurs qui entament leur troisième journée de Rencontres théâtre jeune public par un coup de cœur.

Portée par les mots, la voix, la poésie de Laurence Vielle, éclairée par son compagnon de vie et de scène, Frédéric Vannes, la chorégraphe et danseuse Caroline Cornélis traverse l’ombre pour célébrer la lumière en toutes langues.

En noir et blanc, en élégance, en souplesse et dignité, elle s’inscrit dans le faisceau lumineux pour conter la rencontre du soleil et de la nuit, la naissance du désir, la création de la terre, le banquet qu’elle nous sert et ce respect qu’on lui doit. Elle nous danse sa fascination pour la lumière, celle qui sculpte, révèle, touche… Celle qui, matière ou objet, virevolte, glisse, disparaît, dessine ou dissimule les contours des formes.

D’un pas léger mais ancré, d’un geste souple et précis, la danseuse explore ces fragments sans qui la vie ne serait pas, partage sa douceur avec celle de la poétesse, avec celle surtout des enfants dès 4 ou 5 ans à l’oreille desquels la compagnie Nyash, au parcours remarquable et remarqué, chuchote une histoire dansée. Et rappelle combien cet art fait sens à l’heure de l’enfance.

Bowie et son "Ballon bandit"

La même conviction s'impose à la sortie du spectacle Ballon bandit de l'Inti théâtre. Du pick-up bleu canard de Tom, assorti aux murs de la chambre, s'égrènent les premières notes de l'album Space Oddity de David Bowie pendant que son nouvel ami, prénommé Tom également, ce ballon d'hélium jaune, ce bandit, s'envole dès qu'il peut. Accroché à un fil, puis deux, puis trois…, il finira par se laisser dompter pour un tango avant de disparaître à nouveau. Le petit garçon, incarné avec une candeur mature par l'élégant Pierre-Paul Constant, n'a d'yeux que pour lui, l'approche, l'embrasse, s'en détourne et lui revient dans ce spectacle épuré et chorégraphié sur fond de musiques pop rock. Preuve que la danse pour enfants peut aussi être puissante et virile.

Plus rompu aux spectacles engagés pour adolescents, Didier Poiteaux - qui revient d'Avignon où son Silence ordinaire a parlé à beaucoup - souhaitait cette fois s'adresser à la petite enfance et le fait avec la même exigence. Deux points de départ se sont imposés : l'album jeunesse Un amour de Ballon de Komako Sakaï et la musique de David Bowie, qui avait réalisé l'album Let All the Children Boogie, dont certains titres sont repris. Avec, en filigrane, l'envie réussie de se faire l'écho du ressenti des tout-petits.

Sous les plis

"Llum", une histoire dansée et chuchotée à l’oreille des petits
©Emilie Abad-Perick

Toujours aussi léché, l'univers de Félicette Chazerand s'enhardit avec la présence sur le plateau de Milton Paulo Nascimento, remarquable danseur brésilien, artiste espiègle au sourire contagieux et né, semble-t-il, pour faire aimer la danse aux enfants. Avec ses deux partenaires, l'accordéoniste et compositeur Aimée Yamamoto et l'origami, ces cocottes de papier devenues corolles, couronnes, colliers, bracelets ou tutu, il se joue des codes et s'invente un monde où certains enfants voient surgir un lion, un serpent ou un autre animal sauvage, né sans doute de leur imagination venue prendre le pouvoir.

Entre variations de rythmes et d'échanges, le tempo s'accélère pour devenir plus enlevé, plus ludique voire plus clownesque tant Milton Paulo semble aimer se jouer de tout. Une belle partition qui laissera des souvenirs à la fois doux et riants.