Belles découvertes aux Brigittines

Les solos de deux jeunes danseuses chorégraphes, Roni Chadash et Leïla Ka, séduisent.

Goofy de Roni Chadash présenté au festival des Brigittines
Goofy de Roni Chadash présenté au festival des Brigittines ©Pini Snir

Une soirée au Festival des Brigittines à Bruxelles peut aller jusqu'à présenter quatre courts spectacles, avec chacun leur singularité comme ce fut le cas ces vendredi et samedi. Avant le trio Chro no lo gi cal de Yasmine Hugonnet – diversement reçu par le public –, trois courts solos ouvraient la soirée. Très différents, ils étaient néanmoins reliés par un fil, celui d'être une femme, d'avoir un corps de femme, le combat pour n'être que « soi ».

On y découvrait l'Israëlienne Roni Chadash née en 1990 qui y présentait Goofy (créé en 2016) qui signifie en hébreu « Mon corps ». Dans ce bref solo (15') elle tente de comprendre comment un corps peut perdre de son innocence et devenir ce qu'on appelle celui d'« une femme».

Tête renversée

Durant l’essentiel du spectacle, elle parvient à danser la tête renversée en arrière, cachant son visage et n’être plus qu’un corps, offert à la vue, désarticulé, morcelé. Ses jambes et bras semblent échapper à sa volonté. Elle peut devenir animal sans tête ou araignée, tomber au sol, avancer bizarrement, avant d’être elle-même. Un danse très physique, interpellante, et à la fois douce par le choix des musiques (Arvo Pärt et Chopin).

Roni Chadash tient parfaitement le rythme de son idée originale sur la longueur comme le réussit l'autre révélation de la soirée, la jeune française Leïla Ka, venue des danses urbaines et fille du performeur Olivier de Sagazan qu'on a vu déjà aux Brigittines. Elle a joué pour Maguy Marin dans le mythique May Be. En 2018 elle créait son premier spectacle, un solo (17') Pode Ser, qui, en portugais signifie « ce qu'on aurait pu être ». Joué déjà 80 fois, il a été plusieurs fois primé. Depuis, elle a créé un duo et est associée au Cent-Quatre à Paris. «Je suis passionnée par le rapport que l'homme entretient avec les limites qui le brident. Avec Pode Ser, je m'interroge sur les capacités de l'individu à trouver l'équilibre entre ce qu'il veut être et ce qu'il doit être», dit-elle.

Inventivité et humour

Sous une nappe de lumière, elle semble livrer un combat contre elle-même, se moquer d’elle-même, avec une grande inventivité et humour, évoquant la difficulté du destin, le poids des multiples identités qui se mêlent en nous, les contradictions de l’être.

À nouveau, le choix du célèbre trio opus 100 de Schubert aide à sentir touché et charmé par sa danse de combattante.

Entre le deux, dans le solo Rain, la Belgo-israëlienne Meytal Blanaru s'interrogeait aussi sur sa féminité et la résilience du corps en un langage minimaliste mais riche d'intenses tensions internes.

  • Festival international des Brigittines, Bruxelles, jusqu'au 28 août – 02.213.86.10 –www.brigittines.be

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