De voix invisibles en corps déployés, les ailleurs de nos cœurs

Les Brigittines ont présenté en première belge “Chro no lo gi cal” de Yasmine Hugonnet.

Yasmine Hugonnet | Arts Mouvementés
© Anne-Laure Lechat

Notre cœur bat ailleurs : pavoisée de cette formule, l'édition 2021 du Festival international des Brigittines incite l'assemblée à élargir ses horizons et débrider ses habitudes. Au risque de la déception parfois, de la surprise souvent.

La dernière soirée composée en date enchaînait trois solos dans la salle Mezzo et un trio dans la chapelle. Signé Yasmine Hugonnet, avec pour co-interprètres Ruth Childs et Audrey Gaisan-Doncel, Chro no lo gi cal surprend, à tout le moins. Faisant suite à trois propositions aussi enthousiasmantes que brèves, l'objet déconcerte ou séduit – voire les deux ensemble – par son rapport au temps, sa construction insolite. Et son entrée en matière peu commune, où le De rerum natura de Lucrèce est distillé par une voix étrangement douce, flottante, invisible.

La ventriloquie en guise de prologue, qui se déploie – en mélopée, bourdon, canon, chœur – pour qu’ensuite un épais silence habille gestes et interactions, voilà de quoi affirmer la singularité, la radicalité d’une forme qui ne se laisse pas appréhender sans balayer nos attentes.

Entre l’histoire et le présent, entre les lourdes robes de velours, les vêtements simples d’aujourd’hui et la nudité, entre l’apparence et l’évanescence, c’est un mystère que cultive l’artiste suisse Yasmine Hugonnet avec sa compagnie bien nommée Arts Mouvementés.

Si Chro no lo gi cal peut égarer voire irriter certaines personnes en chemin, d'autres se seront composé – comme y invite le festival – une soirée pleine de résonances et de fascinantes aspérités.

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© Anne-Laure Lechat
  • Festival international des Brigittines, Bruxelles, jusqu'au 28 août – 02.213.86.10 – www.brigittines.be