Aux Brigittines, matériaux composites pour objets palpitants

De “Singeries” de Mandoline Hybride à “Beast without Beauty” de la C&C Company, duos élargis au Festival des Brigittines.

“Singeries” de et par Priscilla Guy et Catherine Lavoie-Marcus se joue jusqu’à samedi, à 19 h.
© Svetla Atanasova

En cinquante minutes, d'un fredonnement discret à une interprétation à deux voix, au plus près du souffle, Priscilla Guy et Catherine Lavoie-Marcus nous réensemencent l'esprit de la merveilleuse India Song de Marguerite Duras mise en musique par Carlos D'Alessio. Or il serait injuste autant qu'incomplet d'y réduire l'inclassable performance portée par la structure Mandoline hybride.

Singeries, création originale de 2016 (dont les Brigittines accueillent les premières belges), "n'est pourtant rien d'autre qu'une reprise", affirment les Canadiennes Priscilla Guy et Catherine Lavoie-Marcus. "Reprise continuelle de nous-mêmes, reprise de gestes de femmes qui ont anticipé les nôtres."

Duras, Akerman et d’autres sont convoquées dans cet opus composite et filigrané qui réussit, aussi touffu qu’il soit, à n’être jamais phagocyté par les références qu’il charrie, ou les parallèles qu’il suggère.

Une installation millimétrée – objets usuels, figurines, écrans, stores – encadre le duo qui, en lien constant, va s'y diffracter. De vidéo en post-synchronisation, de projections texturées en mouvements imbriqués, de gimmicks en échappées, de citations en dérives, les deux artistes pratiquent le décalage obstiné, l'art de la rupture, la poétique du foisonnement en monochrome blanc où tout accent, tout changement à la fois se marquent et se fondent. Onirique, tendre, grave et drôle, Singeries se joue jusqu'à la clôture du festival, samedi.

Splendeur et décadence

Première belge encore, et franche hybridation également, pour Beast without Beauty, premier volet d'un triptyque en construction consacré par la C&C Company à l'idée de bestialité humaine.

Bucolique et symbolique, le premier tableau évoque un faune bientôt terrassé par un coup de feu. Après la pénombre sylvestre, une lumière froide écrase le plateau. Le “chasseur” (Carlo Massari, concepteur du spectacle, en culotte courte et affublé d’une brève moustache évocatrice) contemple cette agonie aux côtés d’une matrone aux allures de star impassible, morte ou ivre (Giuseppina Randi). Remis sur pied, Emanuele Rosa entame avec celui qui fut son bourreau un duo-duel qui, tout du long, questionnera le paradoxe de la beauté du pire, de la fragilité et de la violence, de la séduction et de la sujétion.

Beast without Beauty s'enlumine de "tubes", de Beethoven – l'Hymne à la joie, pris à rebours de sa vigoureuse et européenne signification – à Haendel en passant par Tomorrow belongs to me, vieille chanson allemande reprise dans Cabaret, ou à Marlene Dietrich. La connivence ainsi établie avec le public sous-tend ce théâtre physique aux images fortes, à l'ironie assumée, qui ne craint jamais de nous propulser dans l'inconfortable et fascinant chaudron de la cruauté maquillée en nature humaine.

  • Festival international des Brigittines, Bruxelles, jusqu'au 28 août – 02.213.86.10 – www.brigittines.be

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