Entre corps, lumière et son, d’impulsion en construction

Aina Alegre dévoilait "R-A-U-X-A" au Festival international des Brigittines.

Aina Alegre dans la scénographie de James Brandily et le costume d’esprit 
“rétro-futuriste” signé Andrea Otin.
©Jan Fedinger

Il y a quelques semaines, le Festival d'Avignon présentait dans le cadre de Vive le sujet ! Étude 4, fandango et autres cadences. Aina Alegre y poursuivait, en compagnie de Yannick Hugron, connaisseur du folklore basque, son exploration performative de la frappe et du martèlement, de la mémoire des corps.

La danseuse et chorégraphe catalane était mercredi à Bruxelles pour la première belge – et de fait la véritable première publique, aléas covid obligent – de sa nouvelle création R-A-U-X-A. Mot catalan ancien désignant le fait d'agir de manière impulsive, "sans passer par le mental", expliquera-t-elle, par opposition à l'action réfléchie.

Son abrupt, lumières hésitantes et pénombre épaisse en guise d’introduction rendent malaisée l’entrée dans le spectacle – a fortiori pour les personnes installées haut sur le gradin.

Progressivement se révèle un plateau blanc marqué d’un polygone. Un autre, en suspension, surplombe les premiers rangs de la salle. Pas de quoi cependant assurer la connexion avec le public, qui restera compliquée – peu pensée, semble-t-il.

Martèlement

L’intérêt d’Aina Alegre pour le mouvement frappé, martelé, lui vient de sa pratique, dès l’enfance, de la musique, des danses populaires, de la gymnastique rythmique. Au fil de ses créations, il s’est imposé à la fois comme pratique et comme sujet de recherche – non seulement dans les danses mais dans le corps au travail ou agricole, par exemple.

"Il y a un mystère, pour moi, dans ce geste, qui devient une sorte de contenant, où l'on retrouve des mémoires, des pratiques, des corporalités, des fantômes. C'est un endroit où je reviens." Quant au sens de cela, il inclut la persévérance, ajoute la chorégraphe : "Comment le geste répété génère de l'énergie, laisse une trace, devient miroir."

Autant dans son Étude 4, accompagné de témoignages, il s'offrait à une lecture sensible, autant ici il semble négliger la transmission. La danse en conséquence nous échappe, au profit de l'espace.

Entre corps, lumière et son, d’impulsion en construction
©Jan Fedinger

Sculpture sonore

R-A-U-X-A, expliquera la chorégraphe après la représentation, a pris une autre couleur lorsqu'elle a rencontré Jan Fedinger (créateur lumières) et Josep Tutusaus, qui réalise la musique live du spectacle – avec sa goutte obstinée, ses mixages amples, sa puissance enveloppante.

Ces "trois activateurs", ainsi que les considère, s'y incluant, Aina Alegre, ont travaillé en "interautonomie", concevant "trois voyages avec des moments de rendez-vous".

Par le biais paradoxal de ces matières impalpables – son et lumière –, nous voici enfin au cœur de la proposition, qu’on goûte davantage comme une sculpture sonore.

  • Festival international des Brigittines, Bruxelles, jusqu'au 28 août 02.213.86.10 – www.brigittines.be

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