Il était une femme, 1927-2019

De racines réelles en fiction, “Comme une lance” de et par René Bizac.

Ça commence par des chiffres – numéro national, compte en banque, références de dossiers, factures, inventaire des objets à vider d’une chambre de 14 m²... – et par une enveloppe encore fermée.

Ça commence par la mort et ça retourne dans la vie. Comme un boomerang. Comme une lance, plutôt, dont l’impact vibre longtemps après qu’elle a été lancée.

Le parcours se peuple de souvenirs, documents, photo, poème. "Lorsque l'enfant était enfant…" Les mots de Peter Handke dans Les Ailes du désir de Wim Wenders. Un écho au temps où le parent devient l'enfant de son enfant.

Bien que prenant racine dans la mort de sa mère, Comme une lance (Lansman Éd., coll. Théâtre à vif, 58 pp., 11 €) brasse largement la fiction, confie l'auteur.

Résonances

Échos et résonances charpentent la nouvelle pièce de René Bizac, également interprète, ici mis en scène par Emmanuelle Mathieu aux côtés de Maïa Aboueleze. Par sa voix, sa présence mouvante, et avec son taïko, imposant instrument de percussion japonais, elle glisse avec souplesse dans le rôle de la complice sur le chemin des mots, de l’interlocutrice, chanteuse, imitatrice, de la mère aussi, dont le fils interroge la mémoire.

Et quand, sous les traits de la comédienne, la mère souligne le caractère inquiet de René, on ne peut s’empêcher d’épingler, in petto, celui qui s’est créé pour label le Théâtre Intranquille.

Une nuit de 1977

Diffracté et sensible, son récit convoque divers registres en même temps qu’une ample palette d’émotions. Non seulement celle, palpable, du dernier souffle, mais encore les joies et les peurs de l’enfance, le doute face aux pans inconnus de cette existence pourtant si proche, l’attendrissement ou la rage contenue face à la douceur ou la rudesse des comportements médicaux.

Et puis cette curiosité à la fois vive et qui ne cherche pas complètement l’assouvissement, à propos notamment d’une certaine nuit de 1977, à l’hôtel Métropole, pour ses cinquante ans. Sans son mari mais pas seule. On parle d’une femme qui l’aurait rejointe…

Des brèches s’ouvrent, avec humour et délicatesse, dans les temps et les réalités mêlées de la mémoire, du plateau de théâtre, de l’invention qui les faufile. Des méandres s’esquissent. Jusqu’aux voyages rêvés où l’actrice du présent entraîne la femme d’autrefois, celle qui ne prit jamais l’avion mais repose désormais, à 2 kilomètres de l’aéroport, sous un ciel zébré de promesses d’ailleurs.

  • Bruxelles, Archipel 19 (Centre culturel de Berchem-Sainte-Agathe), encore les 28 et 29 octobre – www.archipel19.be
  • En tournée cette saison : à Gembloux (16/12), Lessines (25/3), Waterloo (30/4)

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