"Oleanna", quand le pouvoir, confronté à ses errements, vacille et s’effondre

Fabrice Gardin met en scène avec simplicité et efficacité le texte puissant d’avant-garde #MeToo de David Mamet.

"Oleanna", quand le pouvoir, confronté à ses errements, vacille et s’effondre
©Isabelle De Beir & Kim Leleux

Dans le silence d'un auditoire, vidé du brouhaha des étudiants, Carol (Juliette Manneback) attend patiemment, assise, que son professeur de Sciences de l'Éducation (David Leclercq) achève sa conversation téléphonique. Il est en pleine négociation pour l'achat d'une nouvelle maison. Elle, en revanche, ce qui l'inquiète, c'est de réussir l'examen de ce cours afin de décrocher son diplôme. "Je viens d'un milieu social différent. Être dans cette université, vous ne savez pas ce que ça signifie pour moi", lui explique-t-elle lorsqu'il a enfin raccroché.

Bien conscient de la détresse de son étudiante et parce qu'il l'"aime bien", John lui propose un marché : il fera remonter ses résultats en catégorie A, "à condition que vous reveniez me voir". Comment refuser ? Carol tente bien d'expliquer ce qui l'anime, mais John ne l'entend pas, la coupe. Ils ne se comprennent pas. Investi d'un double pouvoir, celui d'être un distingué professeur bientôt titularisé et d'avoir toute la latitude de la faire réussir ou échouer, il outrepasse allègrement les limites : sous-entendus, caresse sur la main, accolade… Lui, n'y voit rien de malveillant – "je ne suis pas un monstre !". Elle, a perçu les événements autrement : soutenue par un groupe d'étudiants, elle porte plainte auprès du Comité de titularisation : le poids du pouvoir est inversé et la vie professionnelle et privée de John va vaciller.

Une mise en scène idoine pour le texte

Lorsque l'auteur américain David Mamet écrit sa pièce Oleanna en 1992 à la suite d'un fait divers, le mouvement #MeToo est encore loin d'avoir créé son onde de choc et fait éclater au grand jour l'insupportable réalité de l'ampleur du harcèlement psychologique et sexuel dont sont quotidiennement victimes les femmes. Pourtant, David Mamet met déjà parfaitement en lumière l'effroyable mécanisme ambigu de domination entre l'autorité, ici masculine, et une subordonnée.

Pour porter à la scène ce huis clos à la tension graduelle, Fabrice Gardin a joué la carte de la simplicité et de l’efficacité. Grâce au décor en gradins de l’auditoire – la scénographie a été imaginée par Lionel Lesire – il joue sur le positionnement physique (John debout, Carol assise ; lui en bas du gradin, elle en haut de l’auditoire ; assis côte à côte, etc.) des deux protagonistes qui évolue et varie au fil du texte, selon l’emprise de l’un sur l’autre. Il utilise également un immense plafonnier lumineux qui descend vers le plateau : l’espace de crise s’en trouve resserré et l’atmosphère oppressante renforcée.

Pièce à texte, Oleanna trouve ici la mise en scène idoine qui permet, avant de regarder ce qu'il se passe sur scène, d'écouter les arguments des deux parties qui s'entrechoquent, et de se rendre compte que, dans tout conflit, rien n'est jamais totalement noir ou blanc.

--> Bruxelles, Théâtre des Galeries, jusqu’au 14 novembre. Infos et rés. au 02.512.04.07 ou sur www.trg.be

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